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CHAPITRE 1X DEUX GRAND-MAMANS La cérémonie de la Bénédiction Paternelle terminée, Xavier tente d'égayer l’atmosphère devenue maussade. -Je téléphone pour un taxi,allez vous préparer, on va chez grand-maman Paquin. Les enfants aiment aller chez grand-maman au jour de l'an; ils s'attendent à y recevoir de beaux cadeaux, et la mère de papa est gentille. Les voitures taxis sont rares en ce jour de fête. Xavier doit s'armer de patience. Après plusieurs appels téléphoniques, enfin...un taxi viendra les chercher. Très heureux de son avant-midi, tout joyeux il appelle les enfants. -Les enfants,êtes-vous prêt? le taxi s’en vient. France et ses deux soeurs, arrivent en courant. -On est là papa, nous sommes prêtes, il reste juste Serge que maman habille. Carole est heureuse, papa ne pleure plus et l'on va chercher d'autres cadeaux! Les sept membres de la famille s'entassent dans le taxi,en route vers la maison de grand-mère Paquin, pour le repas du midi. Elle habite avec ses deux filles célibataires, sur la rue St-Marc. Tante Aline, l’aînée, est grande, belle, douce et affectueuse, toujours souriante; les enfants l'adorent. Tante Berthe, plus petite, est jolie, aimable, mais plus sérieuse. Exigeante avec les enfants, elle prend à coeur son métier; elle ne peut oublier qu'elle est "maîtresse d'école", tout comme sa soeur Aline. Berthe se croit obligée d'éduquer les enfants en tout temps. Ceux-ci l'aiment bien malgré cela. Ils sont un peu craintifs en sa présence. Ils lui reprochent son manque de souplesse. Le salon de grand-mère lui ressemble. En entrant, on a une impression de douceur et de paix. Est-ce à cause de la lumière tamisée ou de ces gros fauteuils à coins arrondis, recouverts, à certains endroits, de jolis petits morceaux de dentelle blanche, ou encore de Marie-Anne si sereine? Dès leur arrivée, les enfants se dirigent vers le sapin. Tante Aline et tante Berthe les rejoignent et remettent à chacun ses cadeaux. Ils reçoivent de beaux livres de contes, des casse-têtes et des cahiers à colorier. Les rires et les éclats de voix de tout ce petit monde heureux soulève un vent de jeunesse et de gaîté à l'intérieur de la maison de grand-maman. Le dîner se passe de façon agréable pour les parents. Pour les enfants, c'est autre chose; la présence de tante Berthe les impressionne. Ils gardent un silence poli. Après le repas, grand-maman se rend compte que ses petits enfants s'ennuient. Elle leur dit: -Vous pouvez allez jouer avec vos cadeaux les enfants. Nous allons prendre notre tasse de thé à la table pendant ce temps. - Ils sont très sages vos enfants Hélène. Est-ce toujours ainsi? Serait-ce que mon garçon est trop sévère avec eux? Hélène aurait bien voulu que ce soit "toujours ainsi". Mais ce n'est pas le cas. Elle a des journées éreintantes avec ses cinq marmots. Poliment, elle répond à sa belle-mère: -Ça arrive parfois qu'ils soient sages comme ça, mais ça ne dure pas longtemps belle-maman. Lorsqu'ils sont en visite avec leur père, ils sont un peu plus tranquilles. Xavier ajoute: -Inquiétez-vous pas maman, je ne pense pas être trop sévère avec eux. Vous allez voir, comme dit Hélène, le naturel reviendra et ce ne sera pas long. Marie-Anne a vite l'occasion de constater que son fils a raison. Les enfants viennent à peine de quitter la table que déjà la vigueur de leur jeunes années les fait sortir de leur torpeur. Le bruit et l'agitation s'installent dans le corridor de grand-maman!
Cette visite terminée, la tournée du jour de l'an continue. Xavier doit encore une fois téléphoner pour avoir un taxi. Il essaye plusieurs fois, mais il n'obtient pas de réponse. -Hélène, je n’arrive pas à trouver une voiture. Je vais au coin de la rue héler un taxi et je ne reviens pas avant d’en avoir un. Lorsqu'il revient chercher les siens, une heure plus tard, il a les pieds gelés et... une automobile qui les attend devant la porte. Le souper à la dinde de grand-mère Nadon obtient un grand succès et la soirée bien animée se terminere tard dans la nuit.
Xavier craint un peu son retour à la maison; il se rappelle ce qui est arrivé l’an passé. "L'absence de deux jours. Le coucher chez Mme Nadon.La fournaise éteinte. Le manque de combustible." Le robinet n'étant pas bien fermé, un filet d'eau avait rempli le bain qui avait débordé sur le plancher. L'absence de chauffage durant ces grands froids de janvier, avait transformé le plancher de la maison en patinoire. À peine arrivé, Xavier avait dû repartir le soir même avec toute la famille, en taxi, reconduire Hélène et les enfants chez ses belles-soeurs et revenir le lendemain avec ses beaux-frères pour réparer ce dégât. Ils avaient dû casser la glace avec des pics, sur tous les planchers de la maison, ramasser, assécher le plancher, réparer la plomberie, repartir le chauffage. Ce n'est qu'une fois la maison bien réchauffée qu'il avait ramené sa famille. Quelle affaire! Heureusement, ce n’est pas le cas cette fois-ci. La famille réintègre son foyer et passe une bonne nuit de sommeil.
Grand-mère Nadon a profité de la visite de sa filleule pour l'inviter à venir passer quelques jours chez elle durant ses vacances. Hélène a hésité avant d'accepter de laisser partir sa grande fille chez sa marraine. France lui rend de petits services, elle est presque indispensable à ses yeux, mais finalement, elle a dit oui. En arrivant chez sa marraine, France est un peu triste; elle a quitté maman pour quelques jours, et en plus, elle s'inquiète: -Est-ce que grand-maman sera surprise de me voir arriver seule? Son père venu la reconduire en taxi, l'a laissé devant la maison; il était pressé, il s'en allait à son travail. Avant de sonner, elle revoit sa toilette. Ses gants, appareillés à son béret de laine angora brun, sont mouillés. Elle les enlève et les prend pour secouer les flocons de neige qui sont collés à son manteau de mohair vert. Elle se déboutonne pour s'assurer que sa robe bleue n'est pas froissée. Maman a permis qu'elle porte sa tenue des fêtes pour impressionner grand-maman. Elle en est bien fière;elle aime bien sa robe. Elle a une jolie ceinture et un collet blanc; elle fait marine et cela lui plaît. -Bonjour France, tu as fait un beau voyage? Mais, dis-moi donc tu as bien grandi! Tu deviens une belle fille. Tu auras bientôt huit ans, je pense. Mais mon Dieu tu t'es mise sur ton trente-six, et elle ajoute: -Ton père n'est pas là? Tu es venue toute seule? Sa grand-mère vient d'ouvrir la porte et elle est, comme à l'habitude, très accueillante. Cette manifestation de joie, calme la petite. -Grand-maman est contente de me voir, se dit-elle. Elle n'a pas la chance de répondre que, déjà, Mme Nadon, après avoir pris sa valise pour la déposer sur le plancher, lui tend les bras et l'attire vers elle pour l'embrasser sur les deux joues. France met un bras autour de sa taille et grand-maman passe le sien autour de ses épaules et, maternellement, la guide dans le long couloir menant à la cuisine. Elle examine sa grand-mère; elle la trouve belle, jeune. Avec ses cheveux enroulés, on dirait une comtesse d'un château de Versailles. Grand-maman ne parle plus. Un large sourire éclaire son visage et ses petits yeux noirs perçants pétillent de joie. Comme toujours, elle porte son grand tablier blanc pour protéger sa petite robe noire à pois. France la trouve très distinguée. Heureuse de l'attention dont elle fait l'objet, elle est réconfortée; elle se sent encore toute petite près de grand-mère. -Grand-maman, lorsque je suis entrée, tu me demandais si j'avais fait un beau voyage;oui grand-maman tout a bien été, mais je suis un peu fatiguée. -Je suis bien contente d'être arrivée chez toi. Papa m'a reconduite mais il était pressé; il allait travailler. -C'est pour cela qu'il n'est pas entré? C’est vrai, il a un autre emploi le soir; il est bien travaillant, pauvre Xavier, je comprends maintenant. Elles sont maintenant rendues dans la cuisine. Toutes les deux s'assoient près de la table. Après quelques minutes de silence où grand-mère reprend son souffle,elle dit: -Pour commencer ma belle France, est-ce que tu as faim? Sans attendre la réponse, elle ajoute: -Tu pourrais aller te reposer un peu dans le salon, pendant que je déferai ta valise. Ensuite je pourrai commencer le souper. -Je ferai cuire des patates frites que l’on mangera avec du jambon. J’ai aussi un bon concombre, on pourrait le trancher et le mettre dans le vinaigre. Marie-Rose connaît bien sa petite-fille; elles ont les mêmes goûts pour la nourriture, et comme elle, elle est gourmande. Elle a pensé lui offrir un de ses mets préférés pour lui souhaiter la bienvenue. Elle sait que France aime beaucoup les patates frites, surtout celles que grand-maman fait. Sans hésitation, France lui répond: -Ho oui! grand-maman,mais j'ai faim pour manger tout de suite. -Alors nous allons nous presser,moi de vider ta valise et toi,d'aller dire bonjour à grand-papa qui doit avoir hâte de voir sa petite-fille. Ensuite je ferai le souper.
Mme Nadon va prendre les bagages de France restés dans le portique. France se rend auprès de son grand-papa qui lui adresse quelques mots de bienvenue. Grand-maman reveint chercher sa petite-fille et l’invite à venir dans la cuisine avec elle. -Adrien tu pourras parler avec France tout à l'heure; je l'amène avec moi à la cuisine. Pendant ce temps, mon cher époux, tu pourras écouter tes nouvelles à la radio. M. Nadon fait un signe de la tête et se penche pour allumer son radio pendant que les femmes le quittent. Marie-Rose tire du fond de ses armoires, une grosse boîte de métal pleine de sous noirs. - Regarde France, je ramasse mes sous toute l’année pour acheter mes cadeaux de Noël. Mme Nadon ne veut pas que sa filleule s'ennuie le temps qu'elle s’occupe de la préparation du repas. -Tu pourrais compter les sous pour savoir où j’en suis rendu. France se penche et, d’une main, brasse les sous. Elle retire sa main et le bout de ses doigts en sort noirci. - Grand-maman,les sous sont trop sales,j'aime mieux ne pas les prendre dans mes mains. L’année ne fait que commencer et déjà tu es riche! Tu n'a pas besoin de coupons de la maison Eaton toi! Passant du coq-à-l'âne,elle ajoute: -Grand-maman je veux te voir faire les patate frites. Tu les fais maintenant? Mme Nadon comprend que sa petite fille a faim et qu'elle aimerait bien la voir oeuvrer à la préparation de son repas.
France savoure la nourriture que sa grand-mère lui a préparée. Son grand-père est venu les rejoindre mais ne parle pas beaucoup. Ce n'est qu'au moment ou l'on entame le dessert que Roger apparait. C'est à peine s'il lui dit quelques mots de politesse. Il mange rapidement promenant son regard de son assiette à la petite fille assise en face de lui. France intimidée par la présence de son grand-père et de son jeune oncle, qu'elle ne voit pas souvent, ne dit mot, et examine Roger. À seize ans, pour elle, il est déjà un homme, il en a la stature, il est grand et costaud. Il a de beaux cheveux châtains, bouclés sur le front, et ses yeux bleus adoucissent ses traits. Son repas terminé, après avoir salué vivement les convives, Roger va retrouver ses amis qui l'attendent dans la ruelle derrière la maison. France parle un peu avec ses grands parents mais ses paupières s'alourdissent, la fatigue du voyage se fait sentir. Elle ne se couchera pas tard. Les souliers de Madame Nadon frappent le plancher de prélart produisant un bruit sourd. Marie-Rose apporte un biscuit et un verre de lait pour sa petite fille. Une fois sa collation terminée, grand-maman lui fait faire sa prière, la borde tendrement et lui souhaite une bonne nuit, en fermant la lumière. Les pas de grand-maman s'éloignent jusqu'à la salle à dîner où France s'imagine qu'elle retrouve grand-père. Adrien Nadon est petit de taille; il n'a plus beaucoup de cheveux; son front est dégarni. Il n'est pas très beau mais a un bon visage et un sourire très sympathique. Il porte ses lunettes sur le bout du nez. Il n'est pas comme sa petite fille, il n'a aucun complexe d'infériorité, grand-papa Nadon; au contraire, il est sûr de lui. Autonome, il n'a jamais travaillé pour les autres. Autrefois propriétaire d'une usine de chocolat à Sherbrooke, il avait pris un associé qui a causé sa perte; le commerce a fait faillite. Courageux, après cet échec, il est venu s'établir à Montréal où il est devenu professeur. Il donne des cours sur la fabrication de chocolat et de bonbons. Il enseigne aussi comment devenir propriétaire de boutique de sucreries. La grande majorité de ses élèves viennent des États-Unis. Pour faire le recrutement de ses étudiants, il annonce dans les journaux Américains. Grand-papa Adrien est bilingue, pour lui, la langue anglaise n'a aucun secret. Il affirme souvent à France: -Tu verras ma petite, un jour, lorsque tu seras grande, et que tu iras aux États, tu retrouveras de mes élèves propriétaires de magasins de bonbons, de chocolat et de "toffees". France le croit; le laboratoire de grand-père est passionnant. Situé dans la cave de sa maison, France y fait parfois de petites incursions seule. C'est l'occasion rêvée pour elle de manger de gros morceaux de chocolat que grand-papa a laissé à refroidir dans le fond de ses chaudrons déposés sur le petit poêle à gaz. Étalées sur des plaques de marbre, les garnitures de nougat, de crème à l'érable,de cerises, etc., fraîchement saucées dans le chocolat fondu,sont très appétissantes aussi. De même que les dizaines de boîtes de carton blanc remplies de caramel aux noix qui attendent sur les tablettes d'être livrées.Toutes ces sucreries exposées à la tentation de la gourmandise de France. C'est une autre bonne raison pour venir chez grand-maman. Arrivée à la salle à dîner,Marie-Rose, comme le soupçonnait France, a retrouvé son Adrien l'oreille collée au haut parleur de son radio. Heureusement, le meuble est assez gros pour lui permettre de rester assis dans sa chaise berçante. Il écoute "ses nouvelles" comme tous les soirs. Le parrain de France lui avait expliqué un peu plus tôt: -Tu sais ma petite, grand-papa aime bien écouter ses nouvelles. France se dit: -C'est drôle ça, il est bizarre parfois grand-papa, il écoute des annonces à la radio? Elle se méprend sur les mots, annonce publicitaire et nouvelles. Ce qu'elle ne sait pas, c'est que grand-père attend la BONNE nouvelle: LA FIN DE LA GUERRE. Comme tous, il veut que cette maudite guerre finisse. Il s'inquiète. Si elle dure encore longtemps, son fils et ses gendres seront peut-être obligés de s'enrôler. Ils ont été épargnés jusqu'à présent; le premier est trop jeune et les autres ont de jeunes enfants. France est encore éveillée lorsque les grand-parents vont se coucher à leur tour. Elle est anxieuse; ce n'est pas sa chambre; les bruits venant de la rue Papineau sont différents de ceux de la rue de La Place qui lui sont familiers. Elle est couchée dans une pièce séparée par un rideau. D'un côté c'est le salon où elle se trouve et de l'autre, une chambre. La fatigue du voyage et l'heure tardive ont finalement raison de ses craintes et elle finit par s'endormir d'un sommeil léger. Le bruit aigu d'un grincement de ressorts de lit la réveille. Le bruit semble venir d'à côté... France se souvient, grand-maman lui a dit: "Roger entrera tard et il dormira dans cette petite chambre voisine du salon". Ce doit être lui qui bouge dans son lit. Cette réflexion, et de savoir qu'il est si proche d'elle, la rassure, elle se rendort... France s'éveille en sursaut cette fois. Il y a quelqu'un dans sa chambre ... elle entend sa respiration. Le rideau de dentelle de la fenêtre laisse pénétrer la lumière de la rue ce qui lui permet de distinguer l'ombre inquiétante d'une stature d'homme qui s'approche d'elle. L'homme est près, tout près.... il essaye de soulever ses couvertures. France a peur, elle veut crier, elle veut pleurer, mais la peur la fige et aucun son ne sort de sa bouche. Par réflexe naturel, de toute ses forces, elle retient sa couverture. Alors quelqu'un dit: -Tshut tshut...n'aie pas peur, c'est moi! Le timbre de la voix lui est familier; elle reconnaît la personne et faiblement elle dit: -Tu m'as fait peur... mon oncle. Que veux-tu? Qu'est-ce que tu fais? Pourquoi tu n'allumes pas la lumière? Elle n'est pas complètement rassurée. Pourquoi oncle Roger reste- t-il près d'elle? Pourquoi il ne répond pas? Après quelques minutes il finit par dire d'un air rassurant: -Bien non, n'aie pas peur France, je venais juste pour te voir. Si tu es gentille, je t'achèterai un beau petit cheval de bois à Noël. Laisse moi te regarder? Elle ne comprend pas ce qu'il veut; inquiète, elle lui dit: -Laisse moi dormir mon oncle, je m'endors et je n'ai pas le goût de jouer avec toi. Roger ne répond pas,indécis,il laisse finalement retomber l'édredon sur France et de guerre lasse... s'en va.
Tout est si secret, les adolescents ne savent rien sur l'anatomie de l'autre sexe et, pour les parents, parler de sexualité c'est tabou. L'oncle est à l'âge où l'on se pose beaucoup de questions,ses parents le voient encore comme un enfant, alors qu'il devient un homme .Il voulait juste voir comment sont faites les petites filles. France toute jeune encore, n'a rien compris. Après le départ de Roger, elle reste longtemps éveillée et en vient à la conclusion que c'est vrai, "il voulait venir voir sa petite nièce". -Oui c'est ça, il voulait juste me demander de jouer avec lui. Rassurée, épuisée, elle sombre cette fois dans un profond sommeil jusqu'au matin. Le lendemain France, a tout oublié de l'incident et n'y repense plus. À son réveil, Roger a déjà quitté la maison pour rejoindre ses copains. Le reste de son séjour chez sa grand-mère est très agréable. Son oncle, tout comme elle, semble avoir oublié l'incident et leurs rapports sont très amicaux. France aime bien sa visite chez grand-mère, mais songe à sa mère qui doit avoir besoin d'aide et à ses amies qu'elle a hâte de revoir à l'école, les vacances de Noël étant terminées.
Au retour de l'école ce huit mai 1945, il y a quelque chose de spécial dans l'air. À la salle paroissiale on diffuse de la musique au moyen de hauts parleurs. Le bonheur et la joie exprimés sur le visage des gens intriguent France. Elle a hâte d'être arrivée à la maison et d'en parler avec sa mère. -C'est toi France, bonne journée à l'école? Même la voix de sa mère a un timbre joyeux. -Maman que se passe t-il aujourd'hui? Tous les gens que j'ai rencontrés sur le chemin semblent heureux. -LA GUERRE EST TERMINÉE, on l'annonce partout ma petite France! -Tu es contente maman que la guerre soit finie? -Ho oui! J'avais peur tu sais, peur que ton oncle Roger et ton père soient appelés pour aller combattre au front, si la guerre avait durée, peut-être les aurait-on recrutés. France se jette dans les bras de sa mère et l'écoute distraitement. Elle songe à sa peur de la guerre. - Maman. Ils ne feront plus d'exercice le soir maintenant? -Non c'est fini, vous n'entendrez plus cette sirène qui vous faisait peur. -Ha! tu le savais qu'on avait peur que les avions laissent tomber des bombes,tu le savais maman qu'on avait si peur? -Oui je le savais et vous aviez raison. -L'ennemi connaissait tous les endroits où il y avait des usines d'avions de guerre et "Canadair" est tout près d'ici. Il aurait pu envoyer une mission pour détruire cette fabrique,raconte Hélène à sa fille. -C'est pour cela que la sirène émettait un signal d'alerte, pour nous avertir d'éteindre les lumières de la maison pour rendre les lieux difficiles à localiser. -Évidement, continue Hélène, il n'y a jamais eu d'avion ennemi, mais on faisait des exercices de pratique. -Enfin tout cela est terminé maintenant et vous ne serez plus inquiétés la nuit par cette sirène d'alarme! Après quelques moments d'hésitations, Hélène change complètement de sujet. -France, tu aimerais ça aller chez tante Florence, pour quelques temps l'été prochain? -Pourquoi tu me demandes ça maintenant maman? Il me semble que c'est bien tôt pour parler des vacances. Tante Florence a téléphoné? Elle t'a déjà parlé de l'été prochain? Elle m'invite chez elle? Carole et les autres aussi? -Oui, Florence a téléphoné, elle t'invite à aller passer 2 semaines à son camp. Elle m'a dit aussi que ta cousine Lisette aimerait bien que tu y viennes. -Et puis, c'est vrai j'avais oublié de vous le dire, la semaine dernière Aline m'a parlé d'inviter ta petite soeur Lyne à son chalet de St-Gabriel de Brandon. -Toi tu irais chez Florence, Alex à son camp de louveteaux. À ton retour, Carole irait chez tante Florence. -Et ce n'est pas tout, Florence nous invite ton père et moi. Mais,nous n'irons pas, papa n'aura pas de vacances l'été prochain et en plus, il n'a pas d'auto. -De toute façon, nous serons moins nombreux à la maison et cela nous reposera un peu. Et comme tu le sais, moi la campagne... France est bien contente de cette invitation, elle n'est jamais allée à la campagne depuis son retour du Lac Mercier. -Ok maman je vais y aller, mais comment je ferai pour m'y rendre? -Ton oncle viendra te chercher, je suppose, nous n'avons pas encore discuté de ce propos. De toute façon,nous aurons bien le temps d'y revenir d'ici l'été prochain. Tante Florence a choisi la bonne journée. Maman est heureuse parce que la guerre est finie et elle accepte que j'aille à la campagne, se dit France.
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