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CHAPITRE V1 "WARTIME HOUSING"- Déjà trois ans que la famille Paquin reste à la campagne, les enfants sont heureux. L'été c'est la baignade et la pêche, l'hiver le patin sur le petit "cric" devant la maison et la glissade sur les cotes. Hélène semble avoir oublié la ville. Bien occupée auprès de sa "marmaille", elle ne voit pas le temps passer et ne se doute pas que son mari a des problèmes à son travail. Xavier revient à la maison plutôt que d'habitude aujourd'hui. France attend son bonjour coutumier, mais son son père reste silencieux jusqu'à l'apparition d'Hélène qui vient à sa rencontre. La petite se met le dos au mur et, silencieuse, surveille ses parents. Xavier, l'air abattu, dit : -J'ai quitté mon emploi ! Hélène est devant lui, elle le fixe dans les yeux, incrédule; inquiète, elle lui demande: -Pourquoi as-tu fait cela Xavier ? -Le patron ne voulait rien comprendre, il voulait me faire travailler encore ce soir. Cela devient impossible ! Toi et les enfants avez besoin de ma présence plus souvent à la maison. Nous nous sommes disputés et finalement, j'ai remis ma démission. -Xavier... qu’est ce que tu as pensé ? Comment ferons-nous maintenant ? -J'envisage depuis quelques temps de retourner travailler à Montréal. C’est une des raisons qui me rend intolérant aux exigences du patron. Je n'osais t'en parler; déménager encore une fois et... Hélène ne le laisse pas terminer sa phrase, ravie de retourner vivre près de sa famille; elle oublie que son mari est devenu chômeur.La campagne, elle s'en rend compte maintenant, elle n'a jamais aimé cela. Avant qu'il ne change d'idée, elle s'empresse de l'approuver. -C'est une bonne idée Xavier ! Nous retournerons à Montréal ! Les enfants sont encore jeunes, ils s'adapteront de nouveau à la ville. Pour se rapprocher des siens, il lui fait plaisir de déménager.
L'attitude de sa femme le rassure. Il a encore une chose à lui dire. Et cette fois il craint sa réaction. -Hélène, si nous retournons à la ville, je devrai partir le premier, sans toi et les enfants. -Ha non! lance- t-elle, déterminée, je ne veux pas rester seule encore. Nous sommes loin des hôpitaux et nous n'avons pas d'auto. S’il arrivait un accident aux enfants, qu’est-ce que je ferais ? Et, si c'était aussi long que la dernière fois ? Non je ne veux pas, Xavier, nous partirons tous ensemble ! -Ma pauvre Hélène, j'ai bien peur que nous n'ayons pas le choix, il n'y a plus de travail pour moi ici. Je dois partir le premier pour en chercher et aussi trouver un logement pour nous tous. Tu n'as pas à t'inquiéter, il n'arrivera rien aux enfants. On dit que pour un cuisinier, il y a maintenant beaucoup de travail à Montréal. Ce ne sera pas long comme tu le crains avant que tous nous soyons réunis. Hélène ne le lui dit pas, mais son Xavier lui manquera beaucoup. Incapable de communiquer ses sentiments, Xavier lui cache lui aussi son désarroi. Comment se priver encore une fois de la présence de celle qu'il aime ? Tout en parlant, ils se sont rendus à la cuisine. Assis tous les deux près de la table, ils réfléchissent à leur condition. Hélène voit bien qu'il n'y a pas d'autre solution, si elle peut tenir le coup seule pour quelques temps, son mari la ramènera en ville. -Nous avons des enfants en bonne santé et toi tu veilleras sur eux. Il ne faut pas que la peur d’accidents nous empêche de réaliser nos projets d’avenir. Finalement ils se résignent et acceptent la situation. France les a suivis et, tapie dans un coin de la cuisine, elle écoute. Elle met du temps avant de saisir ce qu'ils disent. Lorsqu'elle comprend, elle se retient pour ne pas pleurer. Maintenant qu'elle est habituée à la campagne, ils devront encore déménager ! Elle qui avait hâte d'aller à la petite école de Mlle Lebrun, avec son frère Alex. Elle a maintenant six ans, l'âge "raisonnable", et voilà qu'on retourne en ville. Y a t'il une école à la ville? Elle s'enfuit dans sa chambre pour pleurer. La nouvelle demeure des Paquin est située sur la rue de La Place. Elle fait partie d'un petit patelin regroupant des maisons pareilles les unes aux autres, nommé par certains "Wartime Housing" et par d'autres "Bois Franc". Construites par le gouvernement pour les vétérans de la guerre, et les employés de Canadair, les maisons sont situées juste en face de l'usine. Xavier a trouvé un emploi de cuisinier dans cette usine qui fabrique des avions de guerre. Il est content d'avoir réussi encore une fois, à ramener sa famille près de lui. Il n’a pas l’argent qu’il faut pour acheter une maison de six pièces. Les seules qui restent à louer ont quatre pièces. L'entrée débouche sur le salon, à gauche, la chambre des parents et, juste à coté, une chambre pour les quatre enfants. Face à la porte d'entrée la petite salle de bain. La cuisine communique avec le hangar à l'arrière de la maison. Cette pièce sert de remise pour le bois et le charbon; c'est plus pratique que la grange du Mont Tremblant. Dans le hangar, Xavier a fait installer une grande glacière à "coke". Hélène y conserve ses aliments frais avec l'aide d'un gros cube de glace déposé une fois ou deux par semaine par le vendeur de glace. Devant la maison, le grand terrain non gazonné se termine sur un petit "fossé", bordant une rue sans trottoir. Hélène est heureuse; son mari a trouvé du travail. Elle est contente de leur habitation même si c'est petit pour six personnes. Tous les soirs à l'heure du souper, Xavier est à la maison. Elle apprécie son retour à la ville avec ses commodités et surtout, la proximité de sa parenté. La population de ce quartier est partagée entre francophones et anglophones. Parmi ces derniers, Alex s'est trouvé des amis. Au début, il a eu de la difficulté à converser avec eux, mais il n'a pas perdu de temps et déjà, il parle anglais. France est souvent près de sa mère; elle l’aide à de petites tâches ménagères. Elle a fini par accepter le déménagement; on lui a expliqué qu'à la Ville, il y a aussi une école.On a omis de lui dire que, dans la paroisse, elle n'est pas encore érigée l'école ! Elle devra attendre sa construction l'année prochaine avant de commencer son instruction. La nouvelle école Notre Dame du Bois Franc est une bâtisse divisée en deux, tout comme le quartier qu'elle dessert. Un coté est fréquenté par les Anglais et l'autre coté par les Canadiens Français. Située sur la rue De Londres, la cour de récréation de l'école sert aussi les deux communautés. Au début de l'année, il y eut quelques petits conflits parmi les élèves. Les Canadiens français qualifiant les Anglais de "têtes carrées" de "blokes". Les Anglais eux, traitaient les Français de "french pee soup". Cela a pris quelque temps avant qu’ils n’apprennent à mieux se connaître et, depuis, la paix est revenue entre les enfants. France a enfin quitté les jupons de sa mère. Tous les matins, joyeusement, elle s'empresse de retrouver ses amis qui l'attendent dans la cour de l'école. Vêtue de son costume d'écolière; la blouse blanche et le"jumper" bleu, elle s'en va sautillant dans ses souliers neufs. Retenus par des élastiques au haut de la cuisse, ses long bas côtelés beige descendent un peu à chaque saut qu'elle fait, la forçant ainsi à s'arrêter pour les remonter. Venant du coté des Anglais, une grande fille s'avance vers elle. Intriguée, France reste immobile et attend de voir ce que la fille vient faire par ici. -Une anglaise, si je la connaissais je pourrais apprendre à parler une autre langue, comme Alex. À quelques pas de France, l'élève s'arrête et regarde au loin comme si elle cherchait quelqu'un. France aimerait bien faire connaissance, mais ne sait pas trop comment l'aborder. Elle est jolie, elle porte un veston bleu marin orné de l'écusson de son école. Sa jupe grise descend jusqu'au-dessous de ses genoux. France la trouve bien élégante. - Que puis-je faire pour toi la petite ? L’Anglaise s'est approchée, se sentant observée. Déçu de l'entendre parler si bien le Français, France lui répond du tac au tac : -Comment-ça toi, tu parle Français ? -Ho, cela te surprend ? Je suis née en Irlande et dans mon pays, lorsque j'étais tout petit je suis allée dans une couvent de religieuses françaises. Pourquoi tu demandes ça ? -Éberluée, cherchant ses mots, France ne sait quoi lui répondre. La seule chose qu'elle voulait de cette anglaise était d'apprendre sa langue, mais si elle parle le Français... s'efforçant d'être polie elle lui dit : -Je croyais que tu ne parlais pas le Français et c'est pour cela que je suis surprise. Je voulais savoir ton nom, et savoir qu'elle âge tu as ? -Je m'appelle Tamy O'Reilly et j'ai 11 ans, c'est tout ce que tu voulais savoir ? -Je voulais aussi apprendre à parler l'Anglais avec toi,et te demander si tu voulais jouer avec moi . Tamy ne voit pas ses compagnes de classe dans la cour et de peur de s'ennuyer seule, décide de jouer avec cette petite fille qui lui semble gentille. -Si tu avais des amies, on pourrait "faire la chaîne", mais seules toutes les deux c'est impossible. -Je vais chercher mes amies, attends ici ça ne sera pas long, lui dit France, heureuse de sa réponse. Elle part à la course et, quelques instant plus tard, revient accompagnée d'une dizaine de petites filles contentes de jouer avec une plus grande et une anglaise à part ça ! Tamy avait suggéré un jeu et maintenant se voyait dans l'obligation de l'expliquer. Elle resserre le ruban vert qui retient sa chevelure, pousse vers l'arrière les grandes mèches blondes qui lui taquinent le visage, enlève son veston, le plie et le pose sur le sol et retrousse les manches de sa blouse. Elle est prête à jouer maintenant. -Placez-vous l'une près de l'autre en ligne droite et tenez-vous par la main. Malgré son léger accent Irlandais, les petites filles comprennent bien ce qu'elle leur dit et elles se placent comme elle le leur a dit. -Nous allons courir très vite, et lorsque je vous le dirai, les filles placées au début de la chaîne vous arrêtent de courir, mais vous tiennent toujours la main des autres. Elles commencent à courir et au signal de Tamy, les deux premières s'arrêtent. Propulsée à grande vitesse à l'autre bout de la ligne, la petite dernière ne peut se retenir à la main de sa compagne et elle est projetée par terre,se frappant la tête sur une roche. Blessée à la tête, elle saigne abondamment, et elle reste là par terre sans bouger. La plupart des filles inquiètes ne savent trop quoi faire face à cet accident et elles se sauvent. L'apparition de la soeur Directrice de l'école, courant en soulevant le bas de sa longue jupe noire, laissant voir ses bas blancs et ses gros souliers lacés, le visage rouge sous sa cornette blanche, n'a rien pour rassurer Tamy figée sur place. La religieuse avertie par une élève n'a pas perdu temps, et elle est déjà rendue près de la blessée. À bout de souffle, elle sort un grand mouchoir de coton blanc de la poche de sa jupe, elle se penche et éponge la blessure. La petite fille se met à pleurer, rassurant la religieuse sur son état. -Est-ce qu’il y en a parmi vous Mesdemoiselles qui pourraient m'aider à la transporter à l'intérieur de l'école ? Elle avait dit cela d'un ton pincé et menaçant pour les quelques élèves présentes. France, apeurée, n'avait pas bougé, elle se tenait près de Tamy. Toutes deux de connivence se décident à offrir leur aide à l'institutrice. Inquiètes, elles suivent la religieuse, supportant la petite fille jusqu'au bureau de celle-ci. On appelle les parents qui ne mettent pas de temps à se rendre à l'école. On fait venir un docteur, qui constate que l'élève n'a qu'une légère blessure au front. Les parents ramènent leur enfant à la maison et la Directrice procède à sa petite enquête. France et Tamy avouent être les instigatrices du jeu et la soeur les réprimande. -Mesdemoiselles, vous connaissez les jeux qui sont permis dans la cour de l'école. J'ai un Beau Château, Brendch & Brendch, Le Drapeau. Ces jeux ne sont pas dangeureux . Mais, on ne joue pas à la chaîne MESDEMOISELLES ! Elle ajoute : -Mlle O'Reilly, croyez moi j'aviserai votre professeur de votre étourderie. -Mlle Paquin, j'aviserai aussi votre professeur. - Vous pouvez maintenant retourner chacune dans votre classe. Se sentant responsable, France s'abstient de jouer avec sa nouvelle compagne pour quelques jours, négligeant cette nouvelle amitié.
Les débuts de la "petite Paquin", comme la surnomment les soeurs de Ste Croix de son école, ne sont pas très prometteurs. Déjà impliquée dans l'accident qui a eu lieu dans la cour, sera t-elle aussi "brillante" que son grand frère Alex ? Il est premier de classe en calcul et en français; elles ne peuvent l'oublier et s'empêcher de faire des comparaisons ! Pour l'histoire sainte, ce n'est pas pareil, Alex est moins intéressé et ses notes sont plus basses. Les religieuses aimeraient faire bonne impression devant le Curé de la paroisse qui complète l'enseignement religieux qu'elles dispensent. Une fois par semaine, celui-ci vient à l'école expliquer le petit catéchisme aux élèves de première année, en préparation à leur première communion. Les religieuses voudraient lui montrer leur savoir-faire dans un domaine où il est qualifié. C'est avec satisfaction qu'elles découvrent que France est captivée par l'histoire sainte et le cour de religion. Elles ont trouvé l'élève qui leur fera honneur devant M. le curé et cela ramène France dans leurs bonnes grâces. France ne leur avoue pas, mais parfois, leur enseignement religieux lui cause des cas de conscience.
En arrivant de l'école, France retrouve Hélène dans la cuisine. Debout près de l'armoire, elle coupe un oignon et le dispose en quartiers dans une soucoupe, il servira de marinade pour le repas. -Bonjour France, lui dit sa mère. France ne répond pas tout de suite, elle examine sa mère. Sa robe de maison de coton blanc semble devenue trop petite et son tablier rouge cache à peine son ventre grossi. Ses cheveux noirs mi-longs retenus de chaque coté de son visage par deux pinces font ressortir son teint pâle et ses traits tirés. Ses yeux sont rougis; on dirait qu'elle vient de pleurer; peut-être est-ce l'odeur forte et piquante de l'oignon qui en est la cause. France trouve qu'elle a changé depuis un certain temps; elle a engraissé, et semble bien fatiguée". C'est vrai que quatre enfants c'est beaucoup d'ouvrage et surtout que papa à recommencé à travailler presque tous les soirs, se dit-elle. Hélène occupée par la préparation du souper ignore que sa fille l'observe. "Si maman est malade je ne devrais pas l'ennuyer avec mes questions". Elle hésite à lui soumettre son problème. Est-ce que maman saura si c'est bien ou si c'est mal de se trouver belle ? Elle s'approche de sa mère et ne lui dit toujours rien. Hélène lève les yeux et comprend que sa fille a quelque chose qui la tracasse. Elle attend que France se décide à lui parler. -Bonjour maman, j'ai quelque chose à te demander. À l'école ce matin, la soeur disait que nous devons penser à Jésus le jour de notre première communion. Elle disait aussi que ce serait mal de penser à autre chose, comme, par exemple, notre robe blanche, nos souliers neufs. Est-ce que tu crois qu'elle a raison de penser comme cela ? Hélène n'oserait jamais contredire l'autorité religieuse devant ses enfants. Ce que disent les représentants de Dieu est sacré. -C'est vrai France, la toilette n'est pas ce qui compte ce jour là. Le plus important pour toi, sera de penser à Jésus que tu recevras dans ton coeur pour la première fois. La religieuse avait bien raison ! Très déçue de sa réponse, elle baisse la tête et s'éloigne un peu de sa mère sans rien répliquer. Àprès tout conclue-t-elle, ce n'est pas péché mortel, c'est juste un petit péché véniel ! France décide que pour elle le jour de sa première communion, elle aura la joie d'étrenner du linge neuf. -Moi, maman, j'ai hâte de porter ma robe blanche et ça ne me fait rien, c'est pas un gros péché ! Mais déjà l'heure du souper approche et Hélène ne l'écoute plus. Elle vérifie si la cuisson des patates avançe. Elle attend qu'elles soient cuites pour les piler avec la livre de boeuf haché qu'elle a fait cuire auparavant. Ce sera le plat principal pour le souper de sa famille. Inquiète, elle se demande si la quantité est suffisante pour combler l'appétit des six membres de la famille. Elle n'a pas entendu les commentaires de sa fille et croit la discussion terminée. France juge qu'il est préférable de ne rien répéter de peur de se faire disputer et,silencieusement, prend sa collation et s'en va dans sa chambre.
Les exercices de préparation à la première communion vont bon train à l'école. France a réussi avec distinction l'examen de religion de Monsieur le curé à la grande satisfaction des religieuses enseignantes. Trois jours avant la première communion, encore couchée, la petite appelle sa mère. -Maman viens ici une minute s'il te plaît et dépêche-toi ! -Oui ! Qu’est-ce qu'il y a ? Hélène hors d'haleine, vient d'entrer dans la chambre des enfants. -Je ne veux pas aller à l'école ce matin, je me sens malade. Hélène comprend en la voyant; France est couverte de rougeurs. -Pauvre petite, tu es pleine de boutons. Est-ce que tu fais de la température ? Elle pose la paume sur son front; il est brûlant; sa fille fait de la fièvre. -Reste couchée France, je vais faire venir le docteur. Elle la couvre jusqu'aux épaules et en vitesse la quitte pour aller téléphoner à son médecin de famille, le Docteur Paul Gratton. Comme il le fait toujours, il promet de venir dans l'après-midi. Cela rassure Hélène de savoir qu'une personne connaisseuse des maladies d'enfants viendra voir sa grande fille. Un médecin de famille est indispensable lorsque l'on a des enfants. Et Dieu sait combien de fois elle a dû l'appeler pour qu'il vienne à la maison. Ce n’est pas long qu'il se pointe dans l'entrée de la chambre. Grand, mince, le visage souriant, le docteur est rassurant. Il porte sa petite valise noire d'où il sort un thermomètre et le glisse entre les lèvres de France. -Tiens ma petite fille, garde ta bouche fermée quelques minutes. Ces "quelques minutes" paraissent des heures à France. Elle serre la bouche jusqu'à en avoir de la misère à respirer. Elle croit qu'elle va s'étouffer lorsqu'enfin le docteur en retire l'objet de "torture". Les yeux plissés, pour voir l'indication inscrite sur ce petit morceau de vitre il dit à Hélène : -Ho. La petite fait beaucoup de fièvre, elle est enrhumée, c'est ce que je pensais en voyant tous ces "boutons", elle a LA ROUGEOLE ! -Vous n'êtes pas sérieux Docteur ? "Comme j'ai bien fait de le faire venir ! Seule j'aurais paniqué devant cette situation alarmante." Se dit Hélène. -Oui Mme Paquin, pour éviter la contagion à l’école,il faudra la mettre en quarantaine. -Il faut aussi la garder éloignée du soleil et de la clarté le plus possible, lui donner un bon bain chaud, ensuite appliquer de la calamine sur les rougeurs pour calmer la démangeaison. France a hâte que le médecin cesse de converser avec sa mère; elle attend son départ pour demander des explications, car elle n'est pas certaine d'avoir bien compris ce que veut dire "mettre en quarantaine". Il finit par partir, et Hélène explique à sa fille. Le ciel lui tombe sur la tête ! France ne pourra étrenner sa robe blanche, elle ne pourra pas chanter avec ses compagnes de classe, elle ne sera pas là le jour de la première communion ! En plus elle devra rester couchée à la noirceur ! Elle se met à pleurer à chaudes larmes. Quant est-ce qu'elle la fera sa première communion ? Hélène s'inquiète elle aussi; elle voit déjà ses trois autres enfants malades, que de problèmes en vue ! Heureusement se dit-elle, le cinquième est en sécurité; enfin, là où il se trouve, impossible d'attraper la rougeole. Il ne sera né qu'à l'été". "Peut-être que si j'annonçais la nouvelle à France, cela la consolerait un peu de savoir que bientôt il y aura un nouveau bébé à la maison. Elle comprendra pourquoi maman est toujours fatiguée. Elle se sent désemparée, découragée et même si elle en a l'intention, elle n'arrive pas à consoler sa fille. Le lendemain, Hélène se présente à l'école afin de trouver une solution pour France. Il est décidé qu'elle fera sa première communion seule, un autre jour. -Viens ici France, je vais faire tes boudins. Apporte-moi les guenilles qui sont sur le fauteuil. Hélène s'apprête à friser sa fille, demain elle fera sa première communion. Heureuse et guérie de sa rougeole, le grand jour que France attend depuis si longtemps est enfin arrivé. Elle se dirige vers sa mère, et au passage attrape les "guenilles". Ces morceaux de tissus viennent de la vieille chemise blanche de son père coupée en longues lanières, ils seront utiles à la coiffeuse qu'est devenue sa mère. -Bon, assieds-toi près de moi ma petite. France avançe une chaise près de la "grosse bedaine" de sa mère, comme lui disent ses enfants. Hélène continue de parler à sa fille et lui donne les conseils d'usage pour le lendemain matin. -N'oublie pas de rester à jeun. Si tu t'éveilles la nuit, ne bois pas d'eau. Elle commençe son travail, elle empoigne une grosse mèche de cheveux sur la tête de France et y enroule un morceau de tissu. Elle répète le même manège avec une autre mèche de cheveux jusqu'à ce que les cheveux de France soient enroulés et qu'elle ait l'apparence d'une poupée de guenille. Cette tâche terminée, Hélène avertit sa fille d'aller se coucher si elle veut être reposée le lendemain matin. -Avec tes gros tuyaux, la taquine Alex moqueur. Il se trouve chanceux d'être un garçon, ainsi il peut dormir tranquille sans avoir des "guenilles" sur la tête. France ignore les sottises de son frère; d'autres pensées occupent son esprit en ce moment; enfin, elle fera sa première communion. Les "tuyaux" rendent inconfortable sa tête sur l'oreiller et elle a bien de la misère à s'endormir. Carole, dans le lit à ses cotés, dort déjà depuis longtemps. Ce bruit que l'on entend souvent est fort ce soir et cela ne l'aide pas à trouver le sommeil. Elle a déjà demandé à son père d'où venait ce vacarme infernal. Il lui a expliqué que la Canadair est responsable de ce tintamarre. Ses mécaniciens se doivent d'essayer les moteurs d'avion avant de les installer dans leurs nouveaux modèles. Tous les gens du "Wartime Housing" se plaignent de ce terrible bruit causé par ces essais. On leur dit, pour les rassurer, que d'ici quelques années on fera construire un immense abri qui amortira ce bruit intolérable qui les garde éveillés une partie de la nuit. Le vrombissement continu finit pas endormir France.
Habillée de blanc de la tête aux pieds, coiffée d'un long voile posé sur ses cheveux frisés, elle est fière de sa toilette. France se demande si le fait d'être "un peu grasse" comme lui dit son père, se voit sous la robe neuve. Cette pensée assombrit, pour un instant, son bonheur. Depuis un an environ, elle prend du poids et cela la rend malheureuse. Il a été décidé que sa première communion aurait lieu dans l'école. L’église n’est pas encore construite dans la paroisse. Ils sont quatre qui ont eu la rougeole en même temps . Ils font ensemble leur première communion.
En ouvrant la porte de l'école, France intimidée, est incapable d'avancer: sa mère et son père lui donnent la main et l'invitent à les suivre à l'intérieur. Les parents la reconduisent jusqu'au banc réservé aux nouveaux communiants et la quittent pour aller s'asseoir quelques rangées derrière. Guidée par la "claquette" de la bonne soeur, France sort de son banc en compagnie des autres communiants et se dirige dans l'allée centrale vers la balustrade. La présence de tous ces gens qui l'observent la dérange. Ont-ils remarqué qu'elle est grosse ? Elle baisse les yeux et ne fixe que le mouvement de ses pieds sur le tapis et, à la suite de ses compagnons, elle s'agenouille pour recevoir "Sa première communion" Au même instant, la chorale de sa classe entonne le chant traditionnel "C'est le grand jour". Le coeur de France devient tout chaud; la pièce musicale, entonnée par ses amis, l'aide à oublier ses complexes. Heureuse et..... pieuse, elle pense à Jésus qu'elle vient de recevoir. La "soeur" a, jusqu'à un certain point, atteint son but. France réalise ce qui ce passe dans son âme... mais... la religieuse ne peut nier qu'elle ressent orgueil et la fierté de porter sa nouvelle toilette.
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Cette page a été mise à jour le 30 juillet 2002 |