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CHAPITRE V LA FÊTE - DIEU Alex a 6 ans et fréquente l'école du village; il a de nouveaux copains qui n'aiment pas "encore" les filles. Orgueilleux, il ne veut pas montrer à ses amis qu’il s’accorde bien avec sa soeur. Il est distant lorsqu’elle se pointe à la sortie des classes. France s'ennuie; elle a toujours laissé à son frère l'initiative de leurs jeux. Pour se distraire, elle aime s'asseoir au pied de l'escalier et regarder les clients entrer et sortir du magasin général. Aujourd’hui, la maîtresse d'école vient y faire ses courses. Comme à l’accoutumée, France est assise dans l’escalier. Mademoiselle Louisette Lebrun s'avance près d’elle et gentiment lui demande : -Bonjour ma petite fille, comment t’appelles-tu ? Tu as quel âge toi? France fait semblant de n'avoir rien entendu. Rouge de timidité, elle grimpe l'escalier à toute vitesse jusqu’à la porte de la maison. France a peur des étrangers quand Alex est absent. Elle croit avoir semé Mlle Lebrun; mais non, elle monte les marches derrière elle. France entre dans la cuisine, et court se réfugier près de sa mère. -Maman ! Il y a une dame qui vient ici. -Comment ça une dame ? Hélène jette un regard vers l'extérieur. -Tu as raison ma fille je la vois qui arrive, qu'est-ce que tu as fait ? Hélène connaît sa fille, elle est timide et elle croit que c’est la raison de sa fuite. La réponse de France la surprend. -Rien maman, c'est la dame. -Que dis-tu ? Poursuit Hélène, curieuse de savoir ce que la dame a fait. Toujours bien occupée auprès des enfants, Hélène prend panique si par malheur quelqu'un se présente à la maison sans avertissement. Sans attendre la réponse de sa fille elle se met à courir pour ramasser les choses qui traînent dans la cuisine et les lance sur son lit et ferme la porte avec fracas. Elle veut recommencer le même manège mais n'en a pas le temps; déjà, on frappe à la porte. Hélène la fait entrer; l'apparition de "la dame" l'étonne. Une jeune fille d'à peine 17 ans se présente devant elle. Hélène observe la nouvelle maîtresse d'école. Vêtue d'une blouse beige et d'une jupe brune. Ses cheveux noirs retenus par un ruban jaune sur le haut de la tête, retombent comme une "queue de cheval" sur sa nuque, soulignant ses traits sérieux et distingués. Elle semble très calme. Elle se met à parler rapidement. Elle explique la raison de sa visite chez les Paquin. LA FÊTE - DIEU ! -Oui, la Fête - Dieu est un grand événement à la campagne, dit-elle. Au Mont-Tremblant, on célèbre cette fête de façon traditionnelle. À chaque année nous avons "la Procession". Où si l’on veut, un cortège composé de tous les paroissiens qui prient et chantent en se dirigeant vers le Reposoir. Elle s'arrête quelques secondes, le temps de reprendre sa respiration et continue: -Le reposoir, comme vous savez madame, est un autel temporaire. C'est l'endroit ou l'on expose le St. Sacrement, et c’est là que tous les paroissiens se dirigent et qu'on y célèbre "le salut". - Cette année le reposoir sera situé à l'Hôtel près de chez vous. Monsieur le curé Deslauriers m'a demandé de recruter des enfants pour en faire des anges. J'avais pensé à votre petite fille; naturellement, si vous êtes d'accord madame. Elle a débité son discours tout d'un trait et semble, à présent, un peu essoufflée, elle s’arrête de parler. Hélène tient encore la porte ouverte, elle n'a pas eu le temps d'inviter Mlle Lebrun à s'asseoir. Elles sont demeurées toutes les deux debout dans l'entrée. Elle ramène quelques mèches rebelles sur le dessus de sa tête d'où ils se sont libérés des "Bobepines". Elle réfléchit: "Cela occupera France, elle s'ennuie depuis que son frère est à l'école, et elle se fera de nouvelles amies. Elle regarde sa fille demeurée silencieuse et croit y déceler son approbation. - Mlle... c'est bien Lebrun ? La jeune fille fait un geste d'approbation et Hélène reprend : -Mlle Lebrun cela me fera bien plaisir de vous prêter ma petite fille de 4 et demie. Je suis certaine que vous ne le regretterez pas et qu'elle nous fera un bel ange pour la procession de la Fête Dieu. Elle avait dit cela d'un air prétentieux, se sentant honorée que l'on ait pensé à sa fille. Elle place ses enfants sur un piédestal et trouve tout à fait naturel qu'on leur rende hommage.
Tendant la main en signe d'au revoir, la jeune maîtresse d'école dit : -Je vous remercie beaucoup Madame Paquin. Je suis contente que vous acceptiez d'aider M. le curé à bien réussir la Fête Dieu. Mardi prochain je passerai la prendre vers 11h du matin. Si vous pouviez lui faire porter une robe blanche ça serait bien. -Vous pouvez compter sur moi Mlle Lebrun, elle sera prête. Juste avant de fermer la porte, Mlle Lebrun s'adresse à France. -Ton frère nous a parlé de toi; ton nom c'est France Paquin, je crois ? -Oui répond France toute gênée. Et elle pense, Alex... c'est donc lui qui a donné mon nom. -On se reverra bientôt France, et tu verras ce sera très amusant, termine Louisette Lebrun.
Mme Paquin a dit oui pour sa fille; celle-ci ne peut plus s'esquiver. Après le départ de la maîtresse d'école, France en veut à sa mère d'avoir accepté.
On aurait pu lui expliquer ce que voulait dire "faire un ange". Elle se prépare à demander une explication, mais Hélène a déjà quitté la cuisine. Lyne vient de s'éveiller et elle est partie la chercher. France se voit confier un rôle à jouer à la procession de la Fête - Dieu, mais ne comprend pas du tout de quoi il s’agit.
Elle admire sa robe blanche dans le miroir pendant que sa mère finit de la coiffer. Cela commençe bien; faire un ange semble divertissant. On est mardi, 11heures, et France est prête, elle attend Mlle Lebrun. -Tu devrais aller surveiller l'arrivée de la maîtresse au bas de l'escalier.Ce sera moins long que d'attendre ici dans la cuisine, France. De cette façon Hélène s'assure que Mlle Lebrun n'entrera pas dans la maison une seconde fois. -Oui, je vais y aller maman. Elle aurait préféré que maman soit présente à l'arrivée de Mlle Lebrun, mais France n'aime pas lui déplaire.
Mlle Lebrun arrive quelques minutes plus tard. Trop gênée pour la rejoindre, France l’attend sans bouger. -Bonjour, tu es là depuis longtemps ? Tu es bien jolie France avec cette belle robe. Mlle Lebrun s'aperçoit du malaise de la petite fille restée assise sur les marches. -Veux-tu toujours faire un "ange ?" ajoute la maîtresse d’école. France répond d'une voix à peine audible: -Oui Mlle Lebrun. Mais je ne sais pas moi c'est quoi un ange. -Viens avec moi, nous allons rejoindre les autres enfants à l'église, ne t’inquiète pas, tout ira bien, je t'expliquerai. Louisette la tire par la main. France se lève et la suit.
-On dirait qu'elles vont s'envoler dans le ciel ! Elles viennent d’entrer dans l’église et déjà plusieurs fillettes portent leurs ailes. La petite est vraiment impressionnée. En s'approchant, France déchante, elle trouve qu'elles semblent bien encombrées par ce fardeau. Comment fera-t-elle pour se promener affublée de cette manière? Mlle Lebrun ne lui laisse pas le temps d’y réfléchir et commence à la convertir en ange à son tour. On avait réussi à recouvrir de nylon et de tulles des ailes faites de carton. De petites baguettes de bois étaient insérées à l'intérieur du cartonnage pour lui donner plus de résistance. Maintenues en place, de chaque coté des omoplates de France au moyen d'un élastique, les ailes sont rattachées à une ceinture autour de sa taille. La petite diablesse maintenant devenue un "Ange" commence à se faire à l'idée du rôle qu'elle aura à tenir pour la Fête - Dieu. Le fait d'être devenue un autre personnage sous le costume, la rend plus sûre d’elle. -Je me souviens maintenant, j'ai déjà vu des anges sur une image sainte qu'Alex a reçue à l'école, en récompense de beaux devoirs, il y avait Jésus et, chaque coté de lui, deux anges. Alors, moi je ferai pareil, je décorerai Jésus ! Mlle Lebrun sourit de l'explication donnée par la petite fille. Rassurée, elle comprend ce que veut dire "faire un Ange". France est très jolie et elle ne regrette plus la décision de sa mère. Elle se joint au groupe qui attend patiemment les instructions pour la journée. -Durant la procession, il faudra paraître très pieuses et très recueillies. Ne pas marcher trop vite et vous tenir distancées de vos compagnes. Une fois en place près de l'autel, garder les yeux fermés et les mains jointes le plus souvent possible. Les explications et recommandations terminées, le signal du départ est donné. Deux par deux les petits anges blancs s'engagent dans le défilé. Marchant lentement, déséquilibrées par leurs nouveaux membres qui, malheureusement, ne leur permettent pas de voler. Ils se dirigent vers l'Hôtel du lac Mercier, lieu du reposoir. Les paroissiens chantent des cantiques à haute voix en suivant le cortège des êtres célestes. Arrivées à destination, les petites filles sont placées sur des échafaudages de bois installés de chaque coté de l'autel. Prenant son rôle au sérieux, France se croit obligée de garder les yeux fermés durant presque toute la cérémonie. Lorsque ses paupières tremblent trop, elle ouvre les yeux et regarde ce qui se passe devant elle. Elle cherche sa mère qui a promis d'être présente, et elle observe le cérémonial du service religieux qui la fascine. Le prêtre en soutane blanche près d'elle, fait face à l'ostensoir et balance l'encensoir. Une odeur d'encens purifié s'en dégage. Les gens agenouillés ne sont qu'à quelques pas; elle referme les yeux aussitôt de peur de distraire leur piété. La fête terminée, excitée France a de la difficulté à trouver le sommeil. Hélène venue la féliciter pour sa performance à la Fête - Dieu, lui recommande cette fois de fermer les yeux pour dormir.
Elle ouvre les yeux... mais cette fois tend l'oreille. France est réveillée par la voix inconnu d'un homme. -Papa est arrivé de son travail. Intriguée, elle sort de son lit et s'avance vers le salon. Il n’y a personne ! Maman n’est pas dans sa chambre, où est-elle ? Il fait noir, tout est silencieux, ses soeurs, son frère dorment. La panique s'empare d'elle; elle ne peut réveiller Alex, il sera fâché. France court dans toutes les pièces de la maison pour trouver Hélène, mais c'est peine perdue, elle n'est plus là. Les éclats de voix se font de nouveau entendre. Désespérée, France s'approche de la fenêtre ouverte et crie : -Maman, Maman! Elle doit la retrouver avant que le reste de la famille s'éveille et panique comme elle. Hélène surgit dans la maison et retrouve sa fille qui pleure, accroupie sur le plancher. -Qu'est-ce qu'il y a France ? -Tu n'étais pas là, tu nous avais abandonnés, et et... elle parait terrorisée et ne peut continuer. -Et quoi France, continue de parler, qu'est-ce que tu as ? -Maman, il y avait un homme dans la maison, j'ai entendu sa voix, et ce n’était pas celle de papa! -Mais non voyons, ma petite, tu t'imagines des choses. N'aies pas peur, il n'y a aucune raison d'avoir peur. Au même instant, France entend rire. -Tiens écoute maman, il est parti dehors maintenant. - Mais non France, ce n'est pas cela, tu t'inquiètes pour rien. -Après la Fête - Dieu, il faisait si beau que les gens sont restés dehors à se promener, c'est leurs voix que tu as entendues. Hélène se souvient d'avoir remarqué quelques jeunes hommes près du restaurant, en bas. Ils écoutaient de la musique provenant de deux petits haut-parleurs à l'extérieur. Elle se souvient même de la pièce, elle aime bien la fredonner de temps en temps, "Its a long way to Tipperary".C’est la chanson à la mode en ce temps de guerre de 1941. Elle attire sa petite fille près de la fenêtre. -Tiens regarde à gauche, en bas, près du restaurant.Tu vois ce sont ces hommes que tu entendais parler. Es-tu un peu rassurée maintenant ? -Oui maman, mais ne sors plus jamais le soir, j'ai trop peur quand tu n'es pas là. Hélène n'a pas beaucoup de distractions et, comme son mari travaille de longues heures, elle cherche à éviter la dépression. Ces petites escapades l'aident à accomplir sa tâche ménagère et à chasser l'ennui. Xavier comprend sa jeune femme de 29 ans; seule, elle doit s'ennuyer . Il l'encourage à prendre quelques moments de liberté. Ce soir a été une de ces occasions. Hélène avait pensé; les petits dorment, et si quelque chose d'inattendu se produit, je peux avoir confiance en notre petit "Ange gardien", elle est bien débrouillarde malgré son jeune age. Hélène était descendue à l'Hôtel siroter un "coke". Assise sur la terrasse, elle pouvait entendre par la fenêtre ouverte de sa maison si ses enfants l'appelaient.
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Merci à Ti-Clain et Jean Louis pour la correction des textes