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CHAPITRE 111 LES PLAISIRS DE LA CAMPAGNE -Demain matin les enfants,on va aux framboises! Sa phrase à peine terminée, Xavier aperçoit ses filles qui sortent de leur chambre en courant. Il a élevé la voix pour qu'elles entendent. France arrive la première, il n'en n’est pas surpris; il connaît son aînée; elle aime se promener dans les champs avec lui. Xavier, debout près du poêle, prépare un "bouilli". Le morceau de boeuf cuit depuis une heure. Il ajoute de l’oignon, des carottes et des pommes de terre. Depuis qu'il a réuni sa famille, il aime cuisiner pour eux, lorsqu'il ne travaille pas à l'auberge. -C'est vrai papa, on y va aux framboises? -Oui ma grande,si vous dormez tôt ce soir, on se lèvera de bonne heure demain et tous ensemble,on ira cueillir des framboises. Ensuite, on en fera de la belle confiture pour l'hiver. A chaque fois que son père lui dit "ma grande" France comprend, c'est elle la plus veille, elle doit être raisonnable et donner l'exemple à ses petites soeurs. Ce n'est pas toujours facile à 4 ans et qu'on ne veut pas décevoir son père. Carole écoutait avec intérêt ce que papa disait à France et espérait bien elle aussi "aller aux framboises".
Depuis leur arrivée au mois de mai dernier, la nature a changé. Les feuillages étaient apparus, les arbrisseaux regorgeaient de fruits comestibles et parfumés. Le temps de la cueillette est arrivé. Xavier profite de ses journées de congé pour montrer à ses enfants ce qu'est la vie à la campagne. Tôt le matin suivant, coiffés de leurs grand chapeau de paille pour les protéger des guêpes et du soleil de juillet, balançant leur petite chaudière au bout des doigts,ils partent aux framboises. Xavier apporte une grande cuve d’aluminium qui habituellement reçoit l'eau de rinçage du lavage. Hélène a préféré rester à la maison avec Lyne. Elle a beaucoup de difficulté à s'adapter à la vie à la campagne et la cueillette de framboises ne lui dit rien. Ils longent la rue jusqu'au coin et traversent le ruisseau en passant sur un petit pont de bois. Ils auraient pu passer sans se mouiller les pieds; seul un filet d'eau a résisté à la canicule. Le " prestère" comme dit France ou la maison du curé, apparaît au loin. Xavier tient Carole par la main, sa petite "noiraude" surnom que tendrement il lui donne à cause de ses cheveux noirs et de son teint brun. Agée de deux ans et demie, elle ne marche pas encore très vite dans les champs. Xavier doit ajuster son pas au sien. De temps en temps, il s'arrête pour lui permettre de renifler l'arôme des fleurs sauvages et en même temps,reprendre son souffle. France et Alex courent devant. Ils sont les premiers arrivés dans la clairière où poussent les framboisiers. -Papa, papa, vite viens ici ! -J'arrive France, qu'est-ce qu'il y a ? -Regarde là, là, partout des framboises! Y en a beaucoup papa ! De la main droite, elle lui montre des buissons à perte de vue qui regorgent de fruits murs. Elle s'en lèche déjà les babines. Xavier est arrivé près d'elle,il a pressé le pas pour rejoindre les plus vieux; il répond à France : -C'est vrai ma grande,il y en a beaucoup ! Il le savait à son départ de la maison, mais pour ses petits, c'est une grande découverte. Le père vient à peine de commencer la cueillette que déjà Alex est reparti dans une autre direction et crie à son tour : -Papa j'ai trouvé une belle talle ! Vite, dépêche toi, il y en a beaucoup plus ici. Tous les quatre se retrouvent au même endroit. Les enfants tout excités se promènent d'un framboisier à l'autre, négligeant d'y cueillir les framboises. Xavier décide qu'il est temps d'établir une technique pour la cueillette, sinon, ils n'arriveront pas à remplir leur petite chaudière et la journée sera perdue. Donc,pas de confiture pour l'hiver. -Écoutez les enfants, essayons de ramasser toutes les framboises ici,ensuite, nous chercherons une nouvelle talle lorsqu'il ne restera plus de fruits dans celle-ci. Carole reste près de son frère Alex et, comme lui, commence à cueillir les framboises. France profite de ce moment pour s'éloigner d'eux, oubliant son rôle de grande soeur qui doit donner l'exemple. Elle s'éloigne peu, elle entend la voix de son père. France se dit qu'il serait plus amusant de ramasser les fruits à l'abri du regard des autres. Et lorsqu'elle revient près des siens, la couleur de ses lèvres trahit ce pourquoi elle s'était éloignée. Ne pouvant résister à la senteur de ces belles grosses framboises, étant de nature gourmande, elle en a mangé une sur deux avec le résultat que sa petite chaudière ne se trouve qu'à demi remplie. Elle s'approche de son père et lui dit: -Tiens! ... Voilà les framboises que j'ai ramassées, y'en avait pas beaucoup dans ma "talle". C'est dans ta grosse chaudière qu'on les verse papa? Elle tend le bras et lui montre la cuve de lavage. Le fait de mentir à son père bouleverse France, très franche habituellement. L'émotion lui donne une voix rauque. En entendant sa fille parler, Xavier se retourne et feint de ne pas voir sa bouche toute rouge. Retenant son fou rire, il lui dit moqueur: -Dis-moi donc France, as-tu attrapé un rhume ? -Bien non, papa! Répond elle, espérant qu'il n'a pas deviné son mensonge. France sait que son père n'aime pas les mensonges. Voyant qu'il se doute de quelque chose, elle a peur, elle n'aime pas lorsqu'il hausse la voix! -Tu sais France, les framboises sont trop belles, on ne peut leur résister, tu peux en manger quelques-unes avant de les verser dans ma grande cuve. Son père lui tend une perche et la petite fille la saisit. C'est ce que j'ai fait papa, j'en ai mangé juste une, lui avoue- t-elle péniblement! -Ha bon, tout est parfait alors! Il reprend en lui caressant les cheveux tendrement : -C'est bien de dire la vérité France, mets le reste des framboises dans ma grande chaudière,il en reste suffisamment. France se promet que c'est la dernière fois qu'elle ment. Si Xavier ne l'avait pas aidée,elle en aurait eu du remords pour le reste de la journée. Le lendemain matin, l'arôme des petits fruits emplit la maison. En courant, les enfants arrivent un a un à la cuisine, pour vérifier si les confitures sont prêtes. Hélène et Xavier se sont levés très tôt et se trouvent encore près du poêle à bois. Sa chaleur suffocante leur donne de grosses sueurs, mais ils sont fiers du résultat. Un pot de confiture aux framboises attend les enfants sur la table du déjeuner. Les autres pots étalés sur le comptoir de la cuisine, attendent de refroidir avant que l'on puisse les paraffiner. Les plaisirs que leur procure la vie à la campagne, fait vite oublier aux enfants qu'ils ont été de petits citadins ! France et son frère en profitent beaucoup plus que les autres. Ce n'est pas comme à la ville. Hélène est moins inquiète. Les autos étant plus rares, les probabilités d'accidents sont moindres. Elle leur laisse donc plus de liberté. Cela lui permet de consacrer plus de temps, à Carole et Lyne. France aime bien aller à la pêche avec Alex. C'est avec joie qu’elle s’y prépare ce matin. Comme Alex, elle enfile ses "overalls", ce genre de salopette fabriquée par maman dans de vieux jeans de travail de papa. Cousu à la main par Hélène qui n'a pas de moulin à coudre, ce vêtement devient leur uniforme de tous les jours. Leur mère est un peu avant-gardiste, elle leur confectionne du linge "UNISEXE". Leur attirail de pêche se résume à deux branches d'arbre écorcées par Alex. Au bout de ce grand bâton,il attache une longue corde à l'extrémité de laquelle pend un hameçon. Il a aussi ramassé des vers de terre; France n'aime pas toucher à ces bibittes,dont raffolent les petits poissons. Lorsqu'ils partent tous les deux ils sont confiants d'aller prendre "des gros poissons". Alex connaît un endroit où les poissons fourmillent, les journées ensoleillées. Pour s'y rendre ils longent la voie ferrée près du lac Mercier. Ce n'est pas très loin de leur maison,à peine au détour du chemin; mais pour eux c'est au bout du monde ! -J'te l'ai dit France,le petit pont est tout près. France,qui a hâte de pêcher, ne cesse de demander si l'on est arrivé.Elle oublie leur destination et décide de profiter de cette longue marche en compagnie de son frère. Ils ont tellement de plaisir à courir, rire et jaser que la vue soudaine du pont les surprend. -Le voila,le voila ! S’écrient les enfants à l'unisson. Le tablier du pont vibre sous leurs pieds.Ils s'assoient au dessus de l'eau. France supplie déjà son frère : -Dis Alex,tu le mets mon ver ? Il lui a promis " d'appâter " sa ligne, vu son dégoût pour les vers. Mais, trop occupé à surveiller sa corde déjà à l'eau,Alex ignore sa soeur. -Arrange ma ligne, insiste France, en le poussant sur le bras. D'un air exaspéré,il la regarde, prête à pleurer,et se décide enfin à appâter son hameçon. -Ça mord, ça mord ! France tout excitée attend qu'Alex lui dise de tirer sur sa corde. Il l'a bien avertie : -Tu n’es pas capable toute seule! Si ça mord, tu me le dis et tu attends que je t'aide. Il ne veut pas que sa soeur attrape un poisson avant lui. Il s'est éloigné un peu et il n'entend pas son appel à l'aide. France donne un coup sur sa corde, et ramène la ligne vers elle. Alex se retourne au même instant et accourt pour l'aider mais, trop tard, elle sort déjà le poisson de l'eau ! -Ho qu'il est beau! S’écrie l'enfant, toute heureuse de sa capture. Les couleurs magnifiques du "gros crapet" luisent au soleil. Alex reste là immobile,surpris de voir que sa soeur a réussi seule ! -Vite,vite Alex, allons nous en à la maison le montrer à maman! De retour à la maison, Hélène les félicite pour leur belle prise. Alex lui raconte : -C'est moi qui ai sorti le poisson de l'eau. France m'a aidé un peu.Tu connais les filles m'man, elles ne connaissent rien à la pêche ! France fait la moue, sachant bien que c’est elle qui a pris le poisson, mais décide que c'est mieux de laisser l'honneur de cette prise à son frère. Comme ça, elle est certaine qu'elle pourra retourner à la pêche avec lui. Hélène tient avec dégoût le petit poisson entre ses doigts, cherchant une raison de s'en débarrasser sans peiner ses enfants. -Bon, votre poisson est bien trop petit pour en faire un repas! Qu’est-ce qu'on en fait ? -Donne-le moi maman, dit France en s'approchant de sa mère. Sans perdre de temps, Alex plus rapide, attrape le poisson des mains de sa mère et le lance au chat. -Ho mon beau poisson ! France se met à pleurer, son poisson est maintenant dans la gueule du chat. Alex regrette son geste mais est trop orgueilleux pour s'en excuser et... trop tard, le chat l'a déjà avalé. Pour se faire pardonner, il suggère à France, de venir avec lui jouer dans la "grange". -Oui ! Lui répond France réprimant de gros sanglots. La grange, située derrière la maison, est un ancien bâtiment agricole. Faite de grandes planches grises, cela lui donne une apparence triste. A cause de son penchant du côté gauche, elle fait penser à la tour de Pise. Solide quand même, elle est campée sur un beau rocher tout lisse. À chaque fois qu'Hélène voit la grange par la fenêtre de sa cuisine, cela lui rappelle une corvée; c'est l'entrepôt de son bois, celui qui alimente le poêle pour cuire les aliments ou chauffer sa maison. Elle doit gravir le petit trottoir qui y conduit pour aller chercher le bois de chauffage. L'été tout va bien mais lorsque l'hiver arrive, ce n'est plus drôle. Le froid, la neige et le vent cinglant du Nord rendent le cheminement très pénible. À la ville, je chauffais au gaz, se dit Hélène avec regret. -Alex,aujourd'hui tu vas aller me chercher du bois à la grange! -Pourquoi m'man ? -C'est un travail de garçon! Tu es assez grand maintenant pour m'aider! Tu es plus fort qu'une femme et cela me rendrait un grand service. -Oui maman, je vais y aller. Alex prend, à partir de ce jour, l'habitude d'aller à la grange. Pas seulement pour aller chercher du bois, mais également pour jouer. Seul,il s'y ennuyait, il amène parfois sa petite soeur.
France est très heureuse de l'accompagner aujourd'hui, mais à chaque fois, elle devra se fier à lui pour y entrer et en sortir. Cela l'inquiète un peu. Peut-elle lui faire entière confiance? Parfois, on dirait que les filles tapent sur les nerfs de son frère. Pour entrer au 2ieme étage de la grange, il y a une ouverture, genre de carreau ou grande fenêtre sans vitre. Un pied sur le sol, l'autre enjambant cette ouverture, Alex peut se hisser à l'intérieur. A cause de la colline, le 2e étage de la bâtisse est moins haut. -As tu vu comment j'ai fait France? Grimpe maintenant! La petite a beau essayer,elle n'est pas assez grande. -Qu'est- ce- que tu fais, ça prend donc bien du temps.? -Suis pas capable, je suis trop petite encore. -Bon approche-toi, je vais t'aider. Donne-moi tes mains. Comme à chaque fois, le même manège se répète. France s'étire sur le bout des pieds et réussit de peine et de misère à rejoindre les doigts de son frère. Alex tire, France s'aide un peu en mettant les pieds sur le mur de la grange. -Ouf ! Enfin te voilà, tu es pas mal pesante. La voila rendue près de son frère, un peu gênée de lui avoir causé tant de problèmes. Alex a déjà oublié. Il décide de jouer au guerrier.Il a un grand bâton et frappe de tous cotés sur les vieux murs de bois. Finalement, il attrape un nid de "GUÊPES". Il voulait des guerriers.... Il a des guêpes. -Alex sauvons-nous ! Les guêpes s'en viennent vers nous. -Je sais elles sont autour de moi! Lui crie Alex avec désespoir. -Qu'es ce que tu fais Alex? Attends moi! France épouvantée voit son frère se sauver par le carreau,la laissant derrière lui. Les guêpes abandonnées par Alex, tournent leur vengeance vers France. La voilà qui se met à crier à pleins poumons: -Alex, Alex ! Mais il ne l'entend plus,il est déjà rendu à la maison chercher du secours; il n'a pas réfléchi et ne croit pas les guêpes capables de se retourner vers France. Hélène arrive en courant près de la grange : -France,France, approche du bord de la fenêtre, crie la mère,inquiète de sa fille. France ne réagit pas. Apeurée, elle court sur place. -France, France, continue de crier Hélène. Finalement, elle s'approche de la sortie et sa mère lui dit : -Saute je vais t'attraper. Dépêche toi tu vas te faire piquer. Allez! N'aie pas peur, saute! Elle se décide enfin et se précipite dans le vide. Hélène l'attrape entre ses bras, vacille un peu, mais reprend rapidement son équilibre. Les guêpes suivent... Toutes les deux partent en courant vers la maison. Une fois dans la cuisine, la mère s'empare du coussin de la chaise berçante et commence à assommer les guêpes qui ont réussi à entrer. Elle frappe, frappe, sans arrêt, sans regarder, pour enfin gagner le combat ! Elles sont toutes mortes ! Hélène s'empresse de déshabiller France. Heureusement elle est arrivée à temps. Il n'y a que quelques piqûres. France en veut beaucoup à son frère. Il a trahi sa confiance. Il s'est sauvé, la laissant derrière,l'abandonnant aux guêpes, sachant très bien qu'il devait l'aider à sortir de la grange. Elle est un peu déçue de son attitude, il prend les honneurs pour la capture du poisson, il est peureux face aux insectes! Est-ce que tous les garçons, sont comme lui? Lorsque que l'hiver arrive,France a déjà oublié les méfaits de son frère et le suit encore dans ses activités. Malgré les petits ennuis, la vie à la campagne apporte tous les jours de nouvelles expériences aux enfants. Ils découvrent, entre autres, les avantages de demeurer dans un village touristique. Hélène n'est au courant de rien, et tous les vendredis et samedis,elle permet aux enfants d'aller "faire un tour à la gare". Si Xavier savait..... France et Alex quêtent! Chaque fin de semaine, surtout l'hiver, le train du Nord amène son lot de touristes,qui pratiquent le ski sur les pentes enneigées du Mont Tremblant. Alex a remarqué que les visiteurs aiment leur adresser la parole. Peut-être,les trouvent ils mignons. Les touristes les remercient de leur sourire, en leur offrant des pièces de cinq ou dix cents. Pour France, c'est une fortune. Alex, craignant la réaction de sa mère, l'avertit : -Tu ne dis rien à maman! C'est un secret entre nous. Si elle l'apprend, elle ne voudra pas que nous acceptions l'argent, j'en suis certain! Puis après tout, ce n'est rien de mal. De retour à la maison, heureux de leur collecte, complices tous les deux, jamais ils ne le diront à leur mère! Et à chaque fois, le "p'tit- tour à la gare leur est permis ! Et... La récolte les réjouit. Cette manne leur permet de s'acheter de petites douceurs au magasin général. Est-ce que maman ne s'en doute pas un peu ? |
Cette page a été mise à jour le 20 juillet 2002 |
Merci à Ti-Clain et Jean Louis pour la correction des textes