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Chapitre XXV111 LE RABASKA À NEW-YORK France excitée à la pensée du voyage enfin proche, s'empresse de terminer ses bagages. Elle a hâte de quitter la maison et de voguer sur l'eau, libre comme l'air! Sa mère a l'air triste, France ne veut même pas y penser, elle risquerait de ne pas partir, elle se sentirait coupable de laisser Hélène pour deux semaines. Elle vérifie son sac à dos, afin d'être certaine qu'elle n'oublie rien. On lui a fourni une liste de choses à apporter,"le strict nécessaire". "Le canot à beau être grand, ce n'est pas un bateau!" leur a-t'on dit. Au lit à neuf heures elle ne trouve le sommeil que très tard dans la nuit. Au quai de l'île Ste-Hélène, la présence de nombreux journalistes intimide France qui descend de la voiture d'Alain. Elle hésite un moment avant d'avancer vers eux. Elle a accepté l'offre de son ami de venir la chercher chez elle pour l'amener au lieu du départ, pour le grand voyage à New York. Alain est déjà rendu près des hommes à l'affût de nouvelles. Il s'impatiente de voir France figée sur place. Depuis le printemps, il ne la voit qu'aux pratiques de canot ou lorsqu'elle vient voir sa soeur Sylvie. Il la considère comme une de ses amies. Il va à sa rencontre et lui sourit moqueur, lorsqu’il voit son chapeau de paille de forme conique posé sur sa tête. On dirait une petite chinoise. Ses shorts blancs sont courts et laissent voir ses cuisses. Son chandail bleu à col marin blanc moule ses seins, il la trouve bien proportionnée et très sensuelle. Il est toujours conquis par son sourire. "France dit souvent qu'elle engraisse facilement, et qu’elle doit surveiller ce qu’elle mange. Elle n'aura pas de difficulté durant le voyage. Pagayer lui coûtera beaucoup de calories. Se dit Alain, heureux de sa présence. -Bon nous y voilà! Dit France, à Alain qui l’a rejoint. -Ho qu'il est lourd ce sac à dos. Dit-elle en le déposant sur le sol, près des bagages d'Alain. -Tu veux t'en occuper? Je n'ai apporté que ce qu'il y avait d'écrit sur la liste. Et puis naturellement, je n'ai surtout pas oublié mon costume de bain. Où sont donc les autres, je ne vois que des journalistes? -Voyons France, donne-toi la peine d’aller voir, le canot est à l'eau au bout du quai. Tu as juste à te pencher et tu verras tout le monde. -Ha oui? Alors j'y vais. Alain retourne près des journalistes et continue sa conversation avec eux pendant que France va vers le quai. Elle se penche et regarde sur le fleuve. Il est là! Le grand Rabaska est là! Le canot lui paraît plus grand que jamais. Comme il est beau son géant des lacs! Malgré sa lourde charge, il se tient bien droit sur le fleuve, supportant tous ses amis du groupe Jeunal. France aperçoit deux personnes assises sur le même banc et verbalisant à tue tête. L’invité de Georges, un français Claude Larouche, pagayeur expérimenté s'y trouve et en ce moment il parle à une connaissance d'Alain, un allemand. Alain lui a expliqué que cela l'inquiète d'avoir un français et un allemand dans le canot pour l'excursion; y aura-t-il des frictions? Déjà, aux pratiques, ils s'engueulaient à l'occasion. Il y a une grande compétition entre eux. France voit aussi son amie Huguette Dion en grande conversation avec Henriette. Utilisant la longue échelle collée au mur de ciment du quai, elle descend les échelons pour les rejoindre. Elle descend lentement à cause de la lourdeur de son sac à dos qu'elle a décidé d’apporter elle-même dans le canot. C’est impressionnant de voir tous les bagages entassés au centre du canot . Elle y dépose les siens et va s'asseoir près d'Henriette, juste derrière le banc d'Alain. France a eu beaucoup de difficulté à quitter la maison, et là, elle a peine à croire en sa présence parmi le groupe. Elle a envie de se pincer pour réaliser que ce n'est pas un rêve; que tout cela est vrai. Elle s'en va à New York en canot. Maintenant, elle peut se permettre de penser à sa mère; il n'y a plus de danger qu'elle la retienne. Elle a quitté la maison. France se connaît mal. Soudain bourrelée de remords d'avoir laissé Hélène, elle revoit son visage triste lorsqu'elle l'a quittée ce matin. -Ne t'inquiète pas pour moi; si je suis malade, ton père fera venir le docteur. Lui a dit sa mère. Cette phrase lui revient à la mémoire, elle se sent coupable. Si son absence allait rendre sa mère malade? Elle a hâte de voir l'embarcation quitter le quai et, enfin, laisser derrière ce complexe de culpabilité. Enfin apparaissent les responsables de l'expédition. Alain s'asseoit à l'avant du canot; Georges s'installe à l'arrière pour mieux diriger le tempo des pagayeurs. Le départ ne saurait tarder. Après la bénédiction du "Michi Chiman Sakihigan" et de ses occupants par le Père Ouimet, les photographes de la Presse et du Montréal Matin croquent sur pellicule quelques photos qui devraient paraître demain. Il fait beau, il fait chaud en ce samedi 18 juillet 1959 lorsque les pagayeurs partent vers l'aventure. Ils sont deux par banc. Ils propulsent le canot avec les avirons, espérant atteindre New York. L'émotion du départ et l'anxiété devant l'inconnu les portent au silence. Ils avancent à un bon rythme sur le majestueux fleuve St-Laurent. Ils prévoient coucher ce soir à Sorel. -Ho regardez, un navire! Alain vient de les sortir de leur rêverie. On aperçoit au loin une masse grise qui grossit à vue d'oeil. Jamais de leur vie n’ont-il eu l'occasion de voir un navire de si près. Stupéfiés par cette apparition, ils cessent de pagayer et lentement le canot dérive et s'approche du navire... France se sent très petite dans son Rabaska comparé à ce grand monstre de métal. -Il faut s'en éloigner ! Il faut s’en éloigner ! Sinon nous aurons de graves problèmes, crie soudainement Alain. Nous pourrions être happés par le tirant d'eau et déchiquetés par les hélices. Pagayons en vitesse pour nous en éloigner. Le cri d’alarme d'Alain les tire de leur torpeur, et les voilà en train de fabuler sur leur sort comme si, inévitablement, ils allaient tous s'écraser contre le bateau. Feignant d'avoir peur, pour les secouer, Raymond lance cet avertissement: -Pagayons! Pagayons plus vite pour le dépasser! Réveillez-vous bon sens, sinon, on fonce directement dessus! Comme tous les autres, France est apeurée, elle panique, son aviron effleure à peine l'eau. Quel soulagement! Le bateau plus rapide a pris de l’avance et déjà il disparaît au loin. Ce petit incident, si tôt dans le voyage, les a surpris et éveille en eux le goût de l'aventure. Rassuré par les eaux devenues plus calmes, le groupe reprend une cadence rapide et régulière. Le canot avance au rythme du chant de Georges et de ses compagnons. "Pousse au large marin, c'est le vent qui t'appelle. Pousse au large, marin c'est le vent qui t'attend". Pour se dégourdi, France change de position de temps en temps; elle se hisse sur le rebord du canot, se trouvant ainsi au-dessus du fleuve. Concentrés et calmes depuis la rencontre du bateau, joyeux, mais n'échangeant que quelques mots, les aventuriers commencent à réaliser le long trajet qu'il faudra faire! Il fait chaud! Le soleil plombe sur leur tête. La soif se fait sentir et l'eau proche est tentante. Quelques-uns se risquent à boire l'eau du fleuve St- Laurent. -Attendez, ne buvez pas de cette eau, j'ai autre chose pour vous, leur dit Alain. De son sac, il sort quatre citrons. Ça c'est meilleur pour vous désaltérer. Tenant fièrement les fruits au bout de ses bras. Les protestations fusent de toute part. -Ouach! On ne sera pas capable de manger ça. C'est bien trop sûr. -Peut-être que c'est sûr, je dirais plutôt acide, mais ce fruit est rempli de vitamine C; en plus, il vous désaltérera beaucoup plus que l'eau du fleuve. Insensible à leur récrimination, à l'aide de son couteau de poche il tranche les citrons en quartiers pour les offrir aux voyageurs. Quelques-uns en prennent pour apaiser leur soif mais leur visage grimaçant décourage la majorité de s'en régaler. Deux heures d'aviron et les muscles protestent... On se croyait bien entraîn, on se croyait en forme. Oui, mais pour une heure environ! Ce voyage sera long. L'heure du dîner approche et le majestueux Rabaska vibre au murmure des chants entonnés par les jeunes; il avance avec fierté sur le fleuve s'approchant de Contrecoeur. Ce sera le premier arrêt du groupe. Les berges du camp de vacances des Frères du Sacré-coeur sont visibles au loin. Le rythme des rameurs augmente à la pensée du repas qui vient, ils ont très faim après cet avant-midi d'exercice. La lourde embarcation à peine accostée au quai, les hommes sautent à l'eau et la tirent sur le rivage. Devant les voyageurs s'étalent de longues bâtisses qui semblent inhabitées. France descend sur le sable et se dirige vers une petite maison située entre deux autres plus grandes. Elle s'arrête près de l'escalier menant à la galerie. La porte s'ouvre et laisse passer un homme vêtu d'une soutane noire. -Bonjour mademoiselle! Seriez-vous du groupe des canotiers dont on a parlé, hier soir, aux nouvelles à la télé à Radio Canada ? -Bonjour monsieur, je suis Alain Durant un des responsables de l'expédition qui nous mènera à New York, pour les fêtes organisées en l'honneur du 350e anniversaire du premier voyage de Champlain. -Je m'en doutais en voyant votre grand canot arriver chez nous. Hier soir nous avons vu un reportage sur vous et votre groupe à la télévision. Il me fait plaisir de vous accueillir. Il arrête de parler, voyant tous les jeunes qui viennent vers lui, puis reprenant la parole: -Nous nous préparions à prendre notre repas. Vous devez avoir faim après un si long voyage? Il nous ferait plaisir de vous offrir à manger. S'il vous plaît, veuillez vous joindre à nous pour le dîner. Nous ne sommes pas nombreux aujourd'hui; nous attendons un nouveau groupe de jeunes, demain, dimanche. Notre cuisinier ne fera qu'augmenter les quantités nécessaires pour vous nourrir. Nous sommes habitués à notre clientèle; quinze personnes de plus, ce n'est pas la mer à boire; ce n'est que les Robinsons du fleuve à nourrir si l'on peut dire ainsi. Cette dernière phrase fait sourire Alain qui allait répliquer mais l'homme reprend: - Ainsi, nous ferions notre part pour vous aider à accomplir votre exploit, et nous en profiterions pour bavarder plus longuement. -Je vous remercie monsieur ou est-ce Frère? Alain regarde ce petit homme en soutane et le trouve sympathique, volubile et bien expressif. Son regard franc lui inspire confiance. -Ha oui, c'est vrai ! J'ai oublié de me présenter, mon nom est Frère Narcisse Bérubé. -Enchanté de vous connaître mon frère. Je crois que mes amis seront réjouis de votre offre. Si vous le permettez, je les avertis et nous pourrons continuer notre conversation lors du repas que vous nous offrez si gentiment. -Allez, allez mon ami! L'on se rejoint dans la salle à dîner située à ma droite, dans quelques minutes, dit-il, indiquant de l'index un bâtiment adjacent. France est restée sur place et elle est contente qu'Alain ait répondu à sa place. Joyeux, ils se retrouvent installés aux longues tables de la cafétéria. On dépose devant eux des plats remplis de bonne boustifaille qui disparaît en peu de temps, engloutie par les estomacs affamés. Le Frère Bérubé,venu les rejoindre, leur explique le fonctionnement du camp de vacances. À leur tour, les canotiers expliquent le but du voyage. Le voyage commence bien; premier arrêt et déjà on les attend avec un copieux repas. La publicité qu'on donne à leur expédition les aidera à être bien accueilli. Le voyage se continue sur la rivière Richelieu. Le soleil est de la partie et il tient à se manifester. Ses rayons tapent sur la tête des pagayeurs. Heureusement, ils portent tous un chapeau. La rivière est bordée d’arbres et de belles grandes maisons. C’est le calme après l’excitation des premiers jours. Les avirons frappent l’eau au rythme d’une chanson des canotiers. Alain profite de cette accalmie pour demander l’attention de son groupe. - Il y a des rapides qui approchent; heureusement le canal Chambly nous facilitera la tâche. Prenons quelques minutes de repos et laissez-moi vous parler des écluses que nous aurons à traverser. -Autrefois, les canotiers devaient passer les rapides ou faire du portage. En 1796, un certain monsieur Alan a demandé qu’on construise un canal pour contourner les rapides. Ce n’est qu’en 1843 que, finalement, on procède à l’ouverture du canal Chambly, facilitant ainsi la navigation fluviale entre Sorel, le lac Champlain et la rivière Hudson, pour arriver jusqu’à New York. À l’époque, le canal Chambly a joué un rôle fondamental pour l’exportation des produits forestiers du Québec vers les États-Unis. Voila pour l'histoire, du moins ce que j’en sais. Les avirons se font silencieux; on n’entend plus leur "floc" lorsqu’ils frappent l’eau. Tous sont à l’écoute d’Alain. Il en profite et continue: -Le canal Chambly mesure à peu près vingt kilomètres et il y a je pense, une dizaine d’écluses qui permettent de contourner les rapides. -Je ne comprends pas au juste, comment fonctionnent les écluses. Demande France. Pour toute réponse, Alain se penche et sort de son sac un pamphlet qu’il a fait venir du Gouvernement. Il en fait la lecture à haute voix " Écluses: qui ont la particularité d'être opérées à la main par le personnel de "Parcs Canada". L’écluse est habituellement composée d'un bassin étanche, appelé sas, servant à élever ou abaisser le niveau de l'eau selon le besoin. Les bateaux montent ou descendent par le remplissage ou la vidange du sas. Des portes installées aux deux extrémités permettent aux embarcations d'entrer et de sortir du sas. Les portes sont actionnées par divers systèmes: ici manuellement. Le remplissage et la vidange du sas se font par simple gravité (principe des vases communicants), au moyen de vannes installées dans les portes ou dans les murs de l'écluse. -Vous comprendrez mieux ce qui est expliqué ici lorsque nous arriverons dans l’écluse. -Bon, si nous reprenions notre rythme et allions voir ce fameux canal et ses écluses. Conclue Georges. La hâte d’arriver à Chambly sert de motivation et le canot progresse rapidement vers l’avant. Ils sont tous bien excités lorsque enfin apparaît le canal. Devant le groupe Jeunal, on ouvre de grandes portes de métal. le géant des lacs fait son entrée dans le bassin. L’eau est à son plus bas niveau. On ferme les portes derrière eux et on laisse entrer l’eau . Bien assis dans le canot, personne n'ose bouger... on sent à peine que le canot commence à monter. Le passage de l’écluse durera environ trente minutes, le temps de se reposer. Ha! La belle vie. L'eau est rendue au bon niveau lorsqu’on ouvre les portes, laissant sortir le canot et les autres bateaux qui continuent à avancer dans le canal jusqu’à la prochaine écluse. Cinq jours depuis le départ de l’île Ste-Hélène. Ils sont rendus à Plattsburg. Ils ont deux jours de retard. La suggestion d’un ami d’utiliser un petit bateau à voile pour reprendre le temps perdu est mise en cause. - Nous devons nous rendre à l’évidence; il y a trop de grosses vagues, on nous dit qu’elles ont sept pieds, pour traverser le grand lac. Dit Alain, en discussion avec Georges. - On va essayer de le prendre notre géant des lacs, enfilons notre ceinture de sauvetage. Et, courage, on y va! Georges part de l’avant et tout le groupe s’installe dans le canot. - Impossible d’avancer! Crie Alain. Ils reviennent donc sur le rivage,un peu découragés. Finalement la décision est prise. Ils attendront la nuit, le lac est plus calme à ce moment là. Pagayer à la noirceur est très étrange. Tout ce qui est visible au loin c'est le rayonnement des lumières des villes. Heureusement que les "chefs" de l’expédition savent eux se diriger dans la noirceur. Ils pagayent toute la nuit et se rendent à environ treize milles avant la fin du lac et le début de la rivière Hudson. Fatigués, ils accostent sur une petite île. La pluie a décidé de les rafraîchir. En vitesse, ils montent deux tentes pour dormir, et s’y engouffrent collés les uns sur les autres et, morts de fatigue, ils tombent endormis. Ho lala! Le lendemain matin, ils ne retrouvent plus leur canot! Où est-il passé? -Est-ce encore des bûcherons qui l’auraient récupéré pour faire la "Chasse Galerie". Dit Alain, faisant allusion à une légende québécoise. Cette blague détend l’atmosphère qui se dirigeait vers la panique. Le mystère est résolu: La marée se fait sentir. L'océan n'est pas loin. Leur canot accosté près du rivage est maintenant rendu quelques pieds plus bas, donc invisible pour eux. La fatigue se fait sentir. Les pieds enflés d’avoir depuis huit jours, reposés dans le fond du canot. Les mains sont pleines d’ampoules. Les endroits pour arrêter se font rares. Ils approchent de la rivière Hudson. Ce soir, ils accostent dans un champ qui donne l’impression d’être un champ de vaches. Les empreintes du passage de ces animaux sont nombreuses. Bouse de vache et gros maringouins sont nombreux aussi. -Henriette, fais comme moi. Regarde, j’entre dans ma momie de duvet d’oie et oups... je le zippe par-dessus ma tête. Ce n’est pas tous les soirs qu’ils montent les tentes. La plupart du temps, ils se trouvent un petit coin douillet de gazon et ils jettent leur sac à coucher par terre(on n'a pas apporté de matelas gonflés, pas assez de place dans le canot). Ainsi on s’endort, lorsque le ciel le permet, en admirant les étoiles. Une chance qu’ils ont mangé des sandwiches; pas le temps de faire de la bouffe. Ils sont fatigués et veulent dormir dormir dormir... Ils sont réveillés par des... cloches à vache. Les grosses vaches sont tout près d’eux. Et comme ce sont des citadins, ils prennent la poudre "d’escampette". Pagayons c’est l'heure. Enfin la rivière Hudson apparaît. La dernière étape du voyage. Ils ne sont plus dans la campagne; les terrains pour accoster sont de plus en plus rares; et ceux que l’on trouve sont bien sales. -Alain, dit France, tu ne trouves pas qu’il y a de gros nuages? -Tu as bien raison, il ne faut pas prendre trop de temps avant de nous arrêter. On vide le canot des bagages et on le monte sur la terre ferme, pour en faire un abri. Sous le canot, on met les bagages, et certains y dormiront. Il faut prendre certaines précautions, car on annonce un gros orage. On installe aussi les deux tentes et les filles décident de s’y installer pour dormir. Le vent est très violent. Le tonnerre commence à gronder. La pluie est torrentielle. -Henriette est-ce que tu dors ? Demande France pour se rassurer. -Non. J’ai peur! -Attends, j’entrouve la tente pour voir comment cela se passe. Au moment même l’éclair frappe un arbre tout près de la tente. France voit avec frayeur une grosse boule de feu qui donne l’impression de rouler vers la rivière. -Heille Heille! Le tonnerre vient de tomber! France s’approche de son amie. Toutes les deux ne parlent plus. L’orage se calme enfin et elles finissent par s'endormir. Le lendemain matin, tous les bagages sont mouillés. L’eau s’est aussi infiltrée dans les petites tentes. Il est temps qu’ils arrivent à New York. Les sacs de couchage sont mouillés. Ils sont sales "comme des cochons". Il fait soleil, heureusement; cela permet de faire un peu sécher leur linge le temps de déjeuner. Vite New York, qu’on se lave! Ils passent inaperçus au port. Ils se dépêchent de trouver l‘hôtel qu’ils ont réservé. On hésite à les laisser entrer. Ils sont tellement sales, on dirait qu’ils sont pleins de suie. Ils ont l'air de "guenilloux". Ils s’empressent de monter à leur chambre et vont prendre une bonne douche. Ils ont mis quinze jours pour se rendre et prennent une heure et trente pour le retour en avion. Le canot se repose aussi; il revient par le train. Sur ce bateau, entourée d'inconnus, la petite s'est retirée du groupe. Fixant le remous formé par le moteur à l'arrière de l'embarcation, France réfléchit. Déjà un an qu'elle est de retour de son voyage à New York, en canot, elle a bien aimé son aventure, mais dès son arrivée à Montréal, elle s'ennuyait . Elle est venue dans les Cantons de l'Est pour ses vacances, espérant y découvrir l'amour. Sa déception est grande, L'Auberge est accueillante mais la jeunesse s'y trouve en minorité. Elle est vite devenue populaire auprès de tous ces gens d'âge mûr. -Ce fut un mauvais choix. Se dit-elle. Elle voulait faire de nouvelles connaissances, espérant quelque chose de neuf dans sa vie. Ce voyage ne comble point ses espérances. "La semaine prochaine, je retournerai à l'Auberge de Jeunesse. Sylvie y sera; ce sera mieux qu'ici." Se dit-elle. Elle s'aperçoit que l'on revient vers le quai; elle ne dit mot à personne se disant que c'est la dernière activité à laquelle elle participait avec eux et que demain matin elle quittera l'Auberge. Consolée par sa décision de passer sa deuxième semaine de vacances dans les Laurentides, avec ses amis de Jeunal, elle retrouve son sourire.
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Cette page a été mise à jour le 6 Nov. 2002 |
