CHAPITRE 11

L'INSTALLATION

A première vue, la maison ressemble un peu à celle de la ville! Construite en bois et peinte en blanc. Carrée, elle a presque l'apparence d'un bloc de glace. Détachée des autres habitations, elle a deux étages, et deux grandes fenêtres ornent sa façade. L'escalier sur le coté de la maison s'appuie sur une colline et rejoint vers la gauche une grande galerie, au centre de laquelle se trouve l'unique porte d'entrée de la maison.

La famille Paquin logera encore au 2ieme étage mais cette fois aura l'impression d'habiter le rez-de-chaussée, puisque l'arrière de la maison se trouve au niveau de la colline.

En entrant dans la cuisine France  aperçoit un gros poêle à bois. Il a l'air d'un roi trônant devant sa cour. Quelques bûches prêtes à être enflammées sont empilées à côté.

-Papa doit être déjà venu, se dit-elle.

Elle se précipite dans le passage étroit, regarde furtivement les trois chambres à coucher.Vidées de leur meubles, ces pièces n'ont aucun intérêt pour France. Elle se retrouve dans le salon éclairé par  deux fenêtres; elle s'en approche,  se soulève sur la pointe des pieds et regarde à l’extérieur.

Attirée  par les grands espaces verdoyants entre les maisons, elle a des fourmis dans les jambes, le voyage a été long et elle aimerait bien aller se dégourdir un peu. Déjà, elle en a assez de visiter sa nouvelle demeure. Elle part à la recherche de son "grand" frère et le trouve à l'entrée de la cuisine  un coussin de la chaise berçante dans les bras.

-Veux-tu venir dehors Alex?

Surpris mais heureux de l'initiative de sa soeur qui lui fournit l'occasion de s'esquiver de cet endroit qu'il trouve peu engageant.

 Pendant que ses parents sont accaparés par le déménagement.Il tend la main à France et tous deux partent vers l'extérieur. Oubliant la fatigue du voyage ils descendent en courant le long escalier à la découverte de leur nouvel environnement.

Ressentant la caresse des chauds rayons du soleil de mai, puis   le rafraîchissement de la petite bise du nord, Alex est content d'avoir accepté l'invitation de France.

Une fois en bas, "le grand frère" s'attarde sur le chemin de terre, il s'amuse à ramasser des cailloux qu'il met  dans ses poches. France est en admiration devant la forêt de conifères au haut de la colline sur laquelle est appuyée leur maison. Impatiente de continuer, déterminée à tout visiter, elle part de l'avant.

Intriguée par une affiche, elle essaye de deviner ce qui est écrit. Elle aperçoit une dame qui s'apprête à entrer à l'intérieur du commerce situé au premier étage de leur demeure, là ou se trouve l'affiche.

-Ou vas-tu madame?

La dame se retourne  attendrie devant la petite fille, elle lui dit :

-Je vais au magasin,  tu vois l'annonce, c'est écrit MAGASIN GÉNÉRAL.

France regarde dans la direction indiquée par la dame et fait semblant de lire l'affiche.

-Ha c'est vrai je ne l'avais pas lue.

L'étrangère sourit devant la façon astucieuse employée par une enfant de cette âge pour lui faire croire qu'elle sait lire, elle entre finalement au Magasin du Lac Mercier, laissant France à son observation.

Alex s'aperçoit que sa soeur prend de l'avance. Il se hâte de la rejoindre. Côtoyant un petit ruisseau il ne peut s’empêcher d’y lancer ses petits cailloux un à un.

-France attends moi, crie t-il, se retournant vers elle à chaque fois que le cercle de la roche tombée dans l'eau disparaît.

-Oui! oui! Alex, mais, dépêche toi. Répond France à tue-tête.

- Alex, as-tu vus la grande maison, de l'autre coté du ruisseau?

-Oui, France, papa m'a dit que notre maison serait près d’un presbytère, ce doit être cela, car un presbytère doit être une grande maison, je suppose.

-Ha! un prestère c'est quoi donc?

-C'est une maison pour monsieur le curé, et puis on dit pas prestère mais bien presbytère. As-tu compris?

Il est un peu fâché, elle a osé le devancer et il se venge en lui répondant sèchement.

C'est en courant et tout essoufflé qu'Alex a finit par rejoindre sa soeur. Ne s'arrêtant que le temps de répondre il repart au pas de course laissant France derrière lui, il vient d'apercevoir un lac!

 

France attristée par  la façon dont son frère lui a répondu, se dit qu' il la trouve fatigante avec ses questions."Je devrai faire attention de ne pas trop l'irriter."

Courant à son tour pour arriver près de l'eau, elle s'arrête émerveillée devant la splendeur du paysage. C'est la première fois de sa courte vie qu'elle voit un si grand lac, entouré de montagnes. Devant ce déploiement de la nature France se sent bien petite.

Alex n'a pas perdu de temps et il s'est approché d'une chaloupe qui ballotte dans la vague. Installer prêt à partir il crie à sa soeur:

-Tu as vu France, un bateau! Viens avec moi, on va faire un tour. Insouciant comme tous les petits garçons de 5 ans Alex aimerait bien entraîner sa soeur dans son aventure. France craintive, lui dit:

-Non, j'ai peur de tomber dans l'eau et... maman ne veut pas.

-Bien non, maman ne dira rien, rassure-t-il, lui cachant naturellement la vérité sur ses intentions. On va faire semblant, on n'ira pas au loin, viens n'aie pas peur je suis là, sa voix se veut rassurante.

Après quelques hésitations,  France rejoint Alex qui l'aide à s'installer. Ensuite celui-ci se penche vers l'anneau dans lequel passe la corde reliée à la chaloupe. Le voyant tituber au dessus de l'eau, inquiète, elle lui dit:

-Que fais-tu Alex?

Sa question l'énerve et il n'arrive pas à décrocher la chaloupe du quai. Ses espoirs de croisière anéantis,ramené à la raison  par les événements, il abandonne son projet.

-Je voulais voir si nous étions bien attachés, lui ment-il.

 

Se laissant flotter au gré du vent, rêvant de grands voyages, profitant du grand espaces et de l'air pur ils oublient leur divergence. Alex commence à aimer la campagne. Son inquiétude, ressentie au départ de la ville, s'estompe peu à peu

France est contente son frère n'est plus fâché. Sa triste rébellion est disparue, même qu'il semble s'amuser en sa compagnie.

De retour de leur promenade, les deux  retrouvent leurs parents à la table pour le repas. Ils n'ont pas chômé .Les meubles de la cuisine sont déjà à leur place. Carole et le bébé Lyne ont commencé à manger, Xavier discourt sur son nouvel emploi.

  S'avançant vers eux, France prête l'oreille à leur conversation. Ce qu'elle entend la rassure sur les intentions de son père à leur égard,il ne leur en veut pas d'être sortis sans crier gare. Ils n'a même pas remarqué qu'ils viennent juste d'entrer.

Xavier, las de cette dure journée mais heureux d'avoir enfin réuni sa famille autour de lui, explique à sa femme:

-L'auberge Ryan ou j'ai commencé à travailler est construite depuis environ 2 ans, c'est juste au pied de la montagne. Tu sais, Hélène, mon patron, M. Joseph Bondurand, m'a dit qu'il y a beaucoup d'acteurs américains qui viennent y faire du ski.

Hélène arrête de faire manger la petite Lyne, surprise de ce qu'elle vient d'entendre, elle demande:

-C'est vrai! vas-tu pouvoir m'apporter des signatures des vedettes d'Hollywood Xavier?

Sa femme est encore une petite fille naïve et rêveuse. Elle lui fait confiance et jamais il ne lui mentirait. Xavier a compris, il sait qu'il lui a demandé un gros sacrifice., le suivre au Mont Tremblant et s'éloigner de ses soeurs. Elle qui ne connaît pas la campagne et qui accepte aveuglément d'être privée de toutes les commodités de la ville.

Il est très reconnaissant de sa preuve d'amour pour lui et ses enfants, il lui répond tendrement.

-Mai oui, mon Hélène, peut-être en aurais-je l'occasion. Comme cuisinier, j'ai facilement accès à la salle à dîner, si j’y rencontre des vedettes, il me fera plaisir de leur demander leur autographe pour toi.

Le visage d'Hélène s'éclaire d'un large sourire et ses yeux langoureux se posent sur son mari. Comme elle le trouve beau. Elle a hâte de se retrouver seule avec lui. Dans ses bras, elle perd tout contact avec la réalité, elle est au septième ciel. Il peut lui demander ce qu'il veut, il lui a tant manqué durant son éloignement. Elle veut reprendre toutes les heures d'Amour dont ils ont été privés durant les derniers mois.

Xavier embarrassé de laisser voir leur amour devant leurs enfants se tourne vers Alex et France, maintenant attablés, et leur dit:

-Tiens vous v'la vous autres! Il était temps, nous commencions à manger, s'y vous étiez arrivés un peu plus tard, vous risquiez de "passer sous la table."

Les enfants savent qu'on doit être à l'heure pour les repas sinon....mais cette fois ils ne courent aucun risque leur père est trop heureux de leur présence à tous pour penser à les punir. L'air contrit, ils demeurent silencieux à la satisfaction du père.

Reprenant la parole il annonce à sa femme:

-Tu sais Hélène la saison estivale est bien entamée, d'ici quelques temps, je pourrai t'aider j'aurai moins de travail  et je serai plus souvent à la maison.

Devant le regard amoureux de sa femme un désir fougueux s'empare de lui. Il espère avoir un peu de temps, une fois les enfants au lit pour la nuit, de satisfaire ce désir qu'il ressent soudain de prendre sa femme dans ses bras de la caresser et la posséder entièrement, comme il l'aime!

 

France se réjouit de ce que son père vient d'annoncer à sa mère, "il serait près d'eux plus souvent," malgré qu'elle le craigne par moment. Même s'il ne lui a jamais donné de correction, il n'a qu'à élever la voix et la regarder droit dans les yeux et elle  obéit immédiatement. France a peur de son père lorsqu'il se fâche.

 

Alex se met à décrire avec enthousiasme sa découverte d'un grand Lac. Les parents écoutent attentivement leur fils aîné raconter son aventure et découvrent avec joie qu'il va bien s'adapter à la vie rurale.

 

 

 

Cette page a été mise à jour le
20 juillet 2002

Merci à Ti-Clain et Jean Louis pour la correction des textes