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CHAPITRE XV111 L'ACCIDENT ET LE MARIAGE- Marc veut profiter de sa dernière fin de semaine de célibat, il propose à ses amis d’aller faire une balade au chalet de sa mère. France surveille l'arrivée de la coccinelle noire de Marc par la fenêtre. À dix-sept ans, en amour, elle est rayonnante de joie. -Tu viens Alex? Marc est arrivé. Lui crie-t-elle à travers la porte de la chambre de bain. -J'arrive et n'oublie pas, il faut aller chercher Tamy chez elle. Alex se regarde une dernière fois dans le miroir . Sa coiffure n'est pas à son goût. Avec le manche du peigne, il gonfle un peu son "toupet" et, du bout des doigts, lisse ses cheveux de chaque côté de ses oreilles. -Voilà c'est parfait maintenant, se dit-il. Et il rejoint sa soeur. France apprécie la façon dont Alex, est vêtu, il porte des jeans, comme elle, mais sa chemise est blanche tandis que la sienne est bleue. Il est grand et mince. -Ce n'est pas juste, moi je fais des efforts pour garder mon poids et lui, c'est tout à fait le contraire, il en fait pour engraisser. -Viens France. Il a déjà ouvert la porte et lui indique la sortie. Marc attend patiemment dans sa voiture. Il ignore France, trop orgueilleux pour laisser voir sa joie de la voir. -Salut Alex! T'as bien fait d'accepter de venir... il ne te reste qu'une semaine de liberté... samedi prochain il sera trop tard, t'auras la corde au cou mon vieux! hahaha.! -T'es jaloux toi. Attends, un jour on te prendra au piège à ton tour... alors ce sera à mon tour de rire. Alex s'empresse d'ajouter: -Ha oui, Marc, n'oublies pas, il faut passer chercher Tamy. -N'aie pas peur....je ne l'oublierai pas ta dulcinée, répond-il d'un air moqueur. Il continu d'ignorer la pauvre France qui attend un peu d'attention de sa part. Alex s'installe sur le siège avant près du chauffeur, et oubli France derrière lui. -Et moi....on m'oublie? ose leur dire France mi-sérieuse mi-taquine. Marc rougit et répond: -Excuse-moi France, ça va bien? Il sort et la fait monter à l'arrière. L'auto s'arrête devant la maison de Tamy, Alex va la chercher. Il reviennent tous les deux, elle a mis sa jupe évasée fleurie, de couleur bleu ciel, avec un chandail rose moulant. Dans sa chevelure blonde, elle porte un petit ruban bleu comme ses yeux. Elle rit aux éclats. Alex vient probablement de lui raconter le commentaire de Marc sur leurs derniers jours de célibat. Son charme est irrésistible. Après avoir salué ses amis, Tamy s'installe à l'arrière près de France. Marc démarre et fait route vers le nord. -Marc, où est-ce que tu nous amènes? Marc ne répond pas tout de suite à Tamy, il est distrait par l'image de France qu'il voit dans son rétroviseur, elle ne le quitte pas des yeux. Un frisson la parcourt. Mal à l'aise, devant Alex, il s' empresse de répondre: -Nous nous rendons à St-Jérôme, au chalet de ma mère, à Piedmont, pour être plus précis. C'est un endroit paisible, j'y vais à l'occasion et je crois que vous aimerez bien le paysage. C'est pas loin et la nature est sauvage. -Est-ce qu'elle y sera ta mère? demande Alex. -Bien sur, elle nous attend. Marc ne connaît aucunement les intentions de sa mère pour ce samedi. Mais de peur qu'ils refusent tous de se rendre à son chalet, il leur cache la vérité. Satisfait de cette réponse, Alex s'enfonce la tête sur le dossier du siège et silencieux écoute les filles parler des toilettes qu'elles porteront à son mariage prochain. Arrivé à destination, Marc fait semblant d'être fâché de l'absence de sa mère, répétant "qu'elle avait bien dit qu'elle y serait ". Il savait bien qu'une fois rendus, cette absence deviendrait secondaire à leurs yeux. Il a deviné juste, ils restent quelques heures sur le terrain, près du petit lac fraîchement dégelé. La température s’est rapidement réchauffée en ce début de mai. Les arbres n’ont pas encore leur feuillage sauf quelques lilas fleuris qui répandent une bonne odeur. Assis sur des grosses chaises de bois, ils jasent, échangent des idées, finalement, les quatre amis oublient d'entrer dans le camp. Le paysage bucolique où France et Marc s'étaient rendus en moto se trouve juste un peu plus loin derrière le chalet. Marc n'en parle pas, ça reste leur secret. Il est déjà quinze heures lorsque Marc les invite à entrer pour visiter le chalet. L'intérieur est rustique et très invitant mais malheureusement l'heure du retour à la ville est déjà arrivée. -Dites donc les amis, nous sommes à vingt minutes de Montréal, est-ce que l'on s'arrête au restaurant pour manger une patate sauce? Marc aime bien les frites avec la sauce barbecue. France aussi. Assise près de Marc cette fois, France attend la réponse de son frère puisque, comme toujours, c’est lui qui décidera. Depuis leur départ de Piedmont, Alex est silencieux . Tamy, appuyée sur lui, semble dormir et il n'ose pas bouger ou parler de peur de l'éveiller. La chaleur de son corps collée au sien l'engourdit, il rêve de leur vie à deux. Il lui caresse le bout du nez et soudain Tamy se redresse: -Listen Alex, t'as-tu compris le question de Marc? Il veut aller au restaurant. -Oui oui, et c'est une maudite bonne idée Marc. Moi aussi je mangerais bien une bonne patate frite. -Tiens regarde de l'autre côté de la rue, vers l'avant à gauche, il y a un petit restaurant. On pourrait s'arrêter là? -Ben non Alex, tu demandes quet chose de risqué, le highway est trop plein de chars, c'est plein de trafic! C'est pas un bon idée de traverser le rue. Peut-être un peu plus loin y aura une "Drive Inn" sur le bon côté. Tamy a répondu avec une intonation irlandaise; elle songe à son mariage dans quelques jours, s'il fallait qu'il arrive quelque chose de malheureux. Elle ne parle pas souvent Tamy, elle est timide à cause de son petit accent, mais elle rit de façon si coquine à chaque fois qu'elle trouve la conversation drôle que cela la rend charmante et de bonne compagnie. Mais cette fois, elle a un pressentiment, il y a un risque à traverser de l'autre côté, et elle ne rit pas du tout, elle n'a pu éviter d'élever la voix. Marc hésite un peu, c'est vrai, pense-t-il, traverser la grande route avec la circulation qui est si dense, c'est prendre un risque. Il se décide et vire à gauche pour traverser la rue. Sans difficulté il se retrouve au stationnement du petit restaurant au Toit Bleu. Tout s'est bien passé. Tamy oublie ses craintes et suit ses amis qui sortent en vitesse et courent tous vers le restaurant. Ils restent une bonne heure à manger, parler, et rire. Marc et France assis côte à côte se tiennent par la main. Marc retire sa main, regarde sa montre et ne laisse rien paraître de son émotion, il dit: -Il est déjà quatre heures! Il fera noir bientôt, nous ferions aussi bien d'avancer. Chacun a repris sa place et, Marc démarre, il s'arrête sur l’accotement et regarde à gauche. Il voit une voiture venant dans sa direction. Il croit avoir le temps de passer, il appuie sur l’accélérateur. Le moteur hésite un instant puis tombe en panne au beau milieu de la route. France voit l'auto avancer rapidement. Elle est de plus en plus près d'eux et les emboutit. Le véhicule et ses occupants se retrouvent au fond d'un petit ravin. La violence de la collision et le bruit infernal du choc encore dans les oreilles, Marc sort de l'auto, blanc comme un drap et muet de peur. Il observe la scène, immobile. Tout est devenu silencieux. Il ne voit personne d'autre. Il craint le pire. Ébranlé, il met du temps avant de réagir. Inquiet, il s'approche de l'auto. Ils sortent tous les trois de la voiture. Marc s'approche d'eux et réussit à leur demander: -Êtes-vous blessés? Ils se regardent hébétés, ils se tâtent et répondent en coeur: -Non, mais on a eu très peur. Rassuré à leur sujet, Marc se tourne vers son auto, le côté gauche est démoli. Il se met à crier: -Ma voiture neuve, ma voiture neuve! Ho mon Dieu! Elle a une porte enfoncée, et deux roues amochées. Tamy sous l'effet d'un choc nerveux devient colérique. -Ça pas ben du bon sens, on va avoir notre mariage next week. T'aurais pu être moins risqué, c'est pas juste ton char, il y a les autres aussi. Alex n'approuve pas qu'elle s'en prenne à son ami déjà bouleversé par l'événement. -Arrête Tamy, Marc ...c'est pas de sa faute voyons, c'est un accident. Tamy se tait et France à son tour prend la parole: -Comment on fera pour revenir à Montréal, pas d'auto? Personne ne semble avoir eu connaissance de l'accident. L'autre chauffeur a même continué son chemin. Marc reprend ses esprits. Il ouvre le coffre arrière de l’auto et en sort un thermos de café. -Bon prenons ce breuvage, cela nous fera du bien et ensuite on verra ce que l'on pourra faire. Les filles s'assoient sur la gazon et Marc leur tend son thermos. Pendant qu'elles avalent leur café chaud à petites gorgées, les deux garçons décident d'essayer de pousser la voiture. Après maints efforts, ils réussissent à la replacer sur l'accotement de la route. Marc s'installe au volant et tente de démarrer le moteur. Il ronronne mais lorsqu'il touche l'accélérateur, la voiture avance très lentement en cahotant et fait un bruit d'enfer. L'aile frotte sur la roue. Ils reviennent vers les filles expliquer leur problème et prendre à leur tour un peu de café. -Moi je dois rentrer ce soir, parce que mon père sera "en maudit". Tu connais, Alex, son bad temper quand y comprend rien, dit Tamy qui était un peu plus calme. -Moi aussi ajoute France, maman sera très inquiète si je rentre pas bientôt. Les garçons décident d'essayer de débosseler l'aile avec quelques outils trouvés dans le coffre arrière. C’est peine perdue, le bruit continu à se faire entendre. Marc prend alors une décision. -Je suggère que l'on s'installe dans l'auto et si vous pouvez être très patients, je ramène tout le monde. Je ne sais pas à quelle heure nous arriverons à Montréal, mais en y allant doucement, il est encore possible de se rendre chacun chez nous. Nous téléphonerons à nos parents pour les rassurer. Tous d'accord, après avoir téléphoné, ils partent avec une voiture cahotante qui mène un bruit d'enfer. Ils arrivent à destination aux petites heures du matin. Les parents sont très inquiets, mais heureux de voir qu'aucun d'eux n'est blessé. À peine une semaine après l'accident, la voiture est réparée. Marc voulait qu'elle soit en bonne condition pour ce 21 mai 1955, c'est le mariage de son meilleur ami aujourd'hui.
Le curé Boulet admire la tenue des invités au mariage qu'il célébrera dans quelques moments, de sa nouvelle baptisée et du petit Paquin. Alex est très élégant, il a loué son costume chez "Classy". Vraiment, se dit le curé, il a de la classe le petit! Les deux meilleurs amis d'Alex, qui sont ses garçons d’honneur, sont habillés comme lui, ainsi que le paternel, très fier de son fils. Tamy est bien chic dans sa robe de tulle blanche, brodée de fleurs de velours, qu'elle porte sous un long jupon de satin. Son bouquet se compose de jolies marguerites blanches et de lierre d'un beau vert. Souriante, ses yeux pétillant de bonheur, elle fait une très belle mariée. Depuis la naissance de Stéphanie, Hélène a retrouvé une taille de guêpe. Elle s'est efforcée de mieux s'alimenter pour être mince au mariage de son fils. On dirait la soeur aînée de ses filles et non la mère du marié. Son tailleur beige lui va à ravir. Hélène a emprunté la cape de vison gris de sa soeur Florence et même s'il fait très beau et chaud, elle est fière de la porter. Xavier est ébahi et ne reconnaît plus sa femme tant embellie. Il en est encore amoureux. Marc a fait livrer un bouquet de fleurs à la demoiselle d'honneur, et France le porte à la main. Elle est très élégante en bleu. Le prêtre de la paroisse pénètre enfin dans son église pour bénir le mariage. La fête a lieu au "Pot au Feu", salle de réception très chic le jour, et le soir, un bar ou les amoureux viennent siroter une consommation et danser. Alex a confié la musique à son groupe d'amis avec qui il joue de la contrebasse. Il a bien sur demandé à un autre bassiste de le remplacer. Tamy a choisi New York pour leur voyage de noce. Au moment de quitter, l'orchestre entame la chanson "Bon Voyage" et tous les invités chantent en coeur, ce qui a pour effet de déclencher les larmes. Tamy et Alex débutent leur vie à deux sur le train qui les amène en vacances pour deux semaines. Alex marié, Marc peut voir France plus souvent. Il ne craint plus de peiner son ami en lui préférant sa soeur. Leurs sorties sont plus fréquentes et France apprend à mieux le connaître. Elle apprend aussi que pour lui, la pratique du sport est primordiale. Elle ne se doutait pas à quel point Marc est un grand sportif. Il va à la pêche l'été, il va à la chasse l'automne, et l'hiver, il pratique le ski. Souvent France reste seule les fins de semaine. Elle ne peut le suivre dans toutes ses activités, elle n'a pas les moyens de s'équiper pour tous les sports qu'il pratique .Hélène n'accepterait pas que sa fille monte dans le Nord, seule avec Marc. Elle s'inquiète déjà de voir que leurs fréquentations durent si longtemps, plus longtemps qu'elle ne l'avait imaginé. Elle a entendu des racontars sur la famille de Marc, et Hélène se promet de se renseigner sur la véracité de ces cancans. France est si peu sûre d'elle, qu'elle accepte cette situation; ne voir son ami que lorsque celui-ci décide qu'il n'a pas de sport à pratiquer. Elle est aveuglée par l'amour qu'elle lui porte. Marc, ne voulant rien manquer, invite France à venir chez lui tenir compagnie à sa mère; ainsi, il est certain que toutes les deux ne s'ennuieront pas durant son absence. Lui, pendant ce temps, peut profiter de son sport et, à son retour du nord, il peut voir sa blonde.
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