|
CHAPITRE X111 Apprentissage de la vie Au retour de son travail, Xavier fatigué, et parfois découragé, a besoin de réconfort. Hélène termine souvent ses journées remplie de lassitude et, depuis quelques temps, elle est incapable de comprendre son époux. Elle devient de plus en plus tendue avec les années. Le manque d'argent, les naissances rapprochées (il faut la permission du curé pour empêcher la famille, sinon, c'est un péché et maman se fait réprimander à la confesse de ne pas faire son devoir),élever seule sa marmaille, son mari retenu par son travail, tout cela est en train de miner l'atmosphère de la maison. Hélène recherche un appui moral et sa fille aînée est celle qui est le plus près d'elle. Xavier ne voit pas le jour où il pourra se reposer et cesser d'avoir tous ces problèmes financiers; c’est ce qui le tourmente. Le retour du travail du père ne suscite plus les mêmes joies. L'anxiété a pris place dans la famille. Les amies de France, Sylvette Trudel et Ginette Legault sont dans la même situation. Elles font partie de familles ayant beaucoup d'enfants, et... de problèmes financiers. Heureusement, ce n'est pas tous les jours comme cela. Il y a encore de bons moments dans la maison, malgré tout. Si au moins il y avait moyen d'arrêter les grossesses. Il n'y en a pas et l'église encourage fortement les parents à "ne pas empêcher la famille". Il est beaucoup question de grossesses nombreuses et de grossesses non désirées ces temps-ci. France ignore souvent ce dont on parle et elle aimerait bien qu'on lui donne des explications.
On donne en exemple cette dame qui demeure de l'autre coté de la rue. On dit qu'elle couraille et que si elle boite, c'est de sa faute; elle a demandé à quelqu'un de l'aider à interrompre sa grossesse. Interrompre sa grossesse ? Se faire avorter ? France n'y comprend rien. Peut-être pourrait-elle demander à sa mère de lui expliquer ce que cela veut dire. -Si c'est pas honteux ! Se faire avorter par un charlatan. Elle a ce qu'elle mérite! Elle n'avait qu'à le garder son bébé! Si elle n'était pas sortie avec d'autres hommes, il n'y aurait pas eu de problème. C'est juste une "courailleuse." C'est ce qui arrive, on se fait avorter et on devient infirme. Hélène ne pense qu'à faire peur à sa fille, croyant qu'en la laissant dans l'ignorance des choses de la vie, elle la protégera. Au contraire, elle est plus mêlée par l'explication de sa mère et de plus en plus curieuse. Depuis quelques jours, elle cherche à connaître la vérité. -Pourtant elle n'a pas l'air méchant la dame. France se répète ces choses à son retour de l'école se rappelant l'explication de sa mère sur l'avortement. En arrivant sur sa rue, elle voit un attroupement de gens sur le terrain de la dame qui s'est fait avorter. Elle se demande bien ce qui se passe, il y a quelque chose d'anormal. Elle s'approche et se faufile parmi eux. Ils se tiennent tous en cercle sans bouger, et regardent la dame "boiteuse" accroupie sur le sol. Debout près d'elle, son mari lui crie des bêtises à pleins poumons. La pauvre femme pleure. L'homme, grand et costaud, de plus en plus fâché, finit par lui donner une grosse gifle sur la bouche. -Pourquoi est-ce que personne ne va l'aider ? Ils sont tous là à regarder comme des sans coeur, se dit France. Apeurée devant cette situation, France se sauve en courant pour aller chez elle et rencontre son amie qui revient de l'école. -Sylvette, notre voisin a battu sa femme et sa lèvre saigne. -Oui oui, j'ai vu moi aussi, pauvre dame ! -Est-ce parce que tout le monde n'aime pas la dame ou que tous ont peur de lui, que personne ne lui vient en aide ? Questionne France. -Non voyons, ce n’est pas ça, explique Sylvette. Personne ne veut l'aider. Maman m'a expliqué que ce n'est pas de nos affaires. France ajoute: -J'ai entendu dire qu'elle n'est pas rentrée chez elle hier soir; elle serait sortie avec un autre homme, encore une fois. Son mari l’attendait devant la porte de la maison. Sylvette renchérit: - Et à part ça, on raconte qu'elle était enceinte il y a quelques temps, et qu'elle s'est fait enlever son bébé par une personne qui n'est même pas médecin. Le bébé est mort et elle... depuis ce temps, elle boite ! France n'en croit pas ses oreilles; elle a tué son bébé ! Puis, tout haut: Je ne le crois pas, comment est-ce possible ? -Tout le monde raconte la même histoire cela doit être vrai, argumente Sylvette. France sait maintenant; elle sait que se faire avorter veut dire faire enlever son bébé et il meurt ! Incrédule, elle prend partie pour l'épouse accusée: -En v'la une bonne ! Ce n’est pas de leurs affaires ! Le mari a l'air bien méchant. Cela explique pourquoi elle s'est fait avorter. Je pense qu'il n'a pas de coeur, il n'est certainement pas capable d'aimer un enfant. Il n'en voulait peut-être pas de son bébé. Elle doit sortir pour oublier sa peine. Je pense que ce n’est pas juste, elle est moins forte que lui et personne ne lui vient en aide. Les deux amies sont revenues sur les lieux. Le grossier personnage continue de crier des bêtises à sa femme, et de temps en temps, il lui donne de grandes claques, un peu partout sur tout le corps. Elle est maintenant recroquevillée sur le gazon et essaye de protéger son visage de ses mains, ses bras sont couverts de rougeurs et elle sanglote. -Je sais bien, tu as raison, on devrait lui venir en aide, dit finalement Sylvette. Mais les gens croient que ce n’est pas leurs affaires. La seule chose qu’on peut faire c’est d’appeler la police, me disait maman, mais si la dame ne porte pas plainte, la police n’a pas de plaignant et ne peut arrêter l’homme. -Je ne comprends rien à cette histoire, dit France, et cela me fait trop de peine, je m'en vais chez moi, il y a déjà assez de curieux ici. Très bouleversée par ce désolant spectacle, elle quitte Sylvette hantée par la chicane entre ses parents le jour précédent. Elle tente de se convaincre que jamais son père n'aurait frappé sa mère. -Il l'aime trop ! Se dit-elle, et puis, maman ne s'est jamais fait avorter à ce que je sache, je ne comprends pas pourquoi papa était fâché. Le lendemain matin, France apprend de Sylvette, que le mari, honteux devant tout ce monde rassemblé pour l'observer, a aidé sa femme à se relever en la tirant par le bras, et ils sont allés se réfugier à l'intérieur de leur maison. Les gens se sont dispersés et les lumières de la maison du batteur de femmes se sont éteintes en même temps que le murmure d'une voix plaintive.
Pour la sixième fois, Hélène est enceinte. Lasse et découragée, elle annonce à ses filles qu'elle a"fait son devoir" et qu'elles auront un nouveau bébé bientôt dans la maison. Elle entreprend sa maternité avec anxiété. Lorsque France apprend la nouvelle, elle est rassurée; si un enfant doit naître de leur union, c'est vrai que ses parents s'aiment encore. Son père contrôle ses impulsions; il a trouvé une façon de relaxer, il joue aux cartes. La grossesse d'Hélène soulève de nombreuses questions pour France. Elle qui maintenant, sait ce que veut dire se faire avorter, aimerait bien savoir comment se font les bébés. Elle se promet qu'à la prochaine occasion où elle sera seule avec sa mère, elle en profitera pour lui en parler. -Maman comment fais-tu les bébés avec papa ? Demande France en ouvrant la porte de la salle de bain, au moment où sa mère, avec gêne, se penche au-dessus de la baignoire pour la nettoyer. Hélène relève la tête estomaquée, regarde sa fille de douze ans et n'en revient pas, qu'à son âge, on puisse demander de telles questions à ses parents. Elle est trop timide, jamais elle n'osera parler de ses relations amoureuses avec sa fille. Lorsqu'elle était jeune, elle n'y connaissait rien non plus, et pourtant cela ne l'a pas empêchée de "faire son devoir" comme elle le répète souvent. -Ma fille fera comme moi, elle apprendra avec son mari, se dit-elle. -France quand tu seras prête à te marier, je t'expliquerai. Maintenant tu es trop jeune pour ces choses-là. Hélène a parlé avec le souffle court, et son explication a été brève. Son ventre grossi lui cause de la difficulté à terminer le travail entrepris, elle s'empresse de le finir. Cette réponse ne satisfait pas l'adolescente. Elle a pourtant choisi un moment où son père était absent. Encore plus que sa femme, il évite de parler de ces sujets devant ses filles, il serait scandalisé s'il entendait France. Déçue, la petite se dit qu'elle trouvera bien une réponse à ses questions. À l'école, la grande Rachèle Daze est toujours bien renseignée sur le sexe; la prochaine fois qu'elle discourra sur le sujet, France sera là pour l'écouter. Entourée de plusieurs filles, comme à chaque récréation, Rachèle Daze très populaire à l'école, se charge de les instruire sur les questions de sexe. Aujourd'hui France fait partie du groupe qui écoute avec attention. Elle espère avoir une réponse à la question qu'elle a demandée et que sa mère a refusé, par pudeur, de lui donner. C'est d'une manière grotesque qu'elle apprend comment se font les bébé. -Écoutez les filles, vous n'avez qu'à regarder comment font les chiens, (il y a beaucoup de chiens qui circulent dans le quartier, France en a vu qui, elle croyait, étaient mal pris) ben vous savez la grande verge qu'ils ont sous le ventre et bien... il entre leur queue dans le trou de la femelle. C'est tout, c'est comme ça qu'ils font leurs bébés chiens. France n'en revient pas. -Rachèle doit se tromper. Je ne m’imagine pas maman faire comme cela avec papa ! Si elle demande à Alex, il le saura lui comment on fait les bébés. Ce soir Alex s'est couché tôt. France monte l'escalier avec l'intention d'aller le voir. Au moment où elle met la tête dans le cadre de la porte de sa chambre, son frère sursaute et cache le livre qu’il lisait sous sa couverture et, d'un ton fâché, il dit : -Qu'est-ce que tu veux encore ? Alex a un peu changé avec elle; il est devenu un grand adolescent et il trouve sa soeur trop jeune pour qu'ils se comprennent. Au ton de sa voix, France a saisi qu'elle le dérange et qu'il attend qu'elle s'en aille pour reprendre sa lecture interrompue. Sans lui répondre, elle fait demi-tour vers sa chambre. -Demain, je reviendrai pour essayer de voir ce qu'il lisait. Alex vient de descendre pour aller déjeuner, France se lève et, sur la pointe des pieds, entre dans la chambre de son frère . Elle fouille sous son oreiller, elle ne trouve rien; fouineuse, elle continue sa recherche. Regarde sous le lit et le trouve sur une tablette de la caisse d'orange vide qui lui sert de petit bureau que son père a peint. C'est un petit live de poche. Sur la couverture, il y a une photo de femme en robe de nuit avec un grand décolleté, montrant sa généreuse poitrine. Son nom apparaît en lettres mauves sur fond jaune de la page frontispice; "MARILYN". France écoute les bruits venant de la cuisine, au premier plancher; elle entend la voix de sa mère et celle de son frère. Rassurée, elle s'allonge par terre cachée par le lit et feuillette le livre écrit en anglais. Heureusement, France a bien appris cette langue et elle est capable de lire l'anglais maintenant. "Marilyn est venue ce soir, elle se doute bien que Roland soit heureux de la voir. Ils s'installent tous les deux sur le divan du salon. Roland se lève et va chercher une consommation. Marilyn se sent très amoureuse; juste de le voir marcher l'excite. Elle aime sa nuque; ses belles fesses rondes attirent son regard. N'en pouvant plus, elle se lève et se dirige vers la chambre de Roland. Elle connaît ses habitudes, et, sous son oreiller, retrouve son pyjama. Elle enlève sa robe de soie rouge, son jupon de couleur rose et décide de garder ses petites culottes et sa brassière noire en dentelle. Elle enfile le pyjama de Roland et retourne s'asseoir dans le salon." France trouve le livre passionnant mais, inquiète, elle tend l'oreille et s'aperçoit que le déjeuner n'est pas terminé en bas. Elle retourne à la lecture. "Marilyn avait allumé la radio, et la musique diffusée était romantique, sensuelle... En entrant dans la pièce, Rolland, surpris et réjoui, dit d'une voix enrouée par l'émotion : -Marilyn je t'ai apporté un apéritif, mais je vois qu'on n’en aura pas besoin. -Viens près de moi Roland; depuis ton départ, il y 2 mois, que j'attends. Je t'aime tu sais, ne me fais pas languir, je t'en prie, viens, approche mon amour. Elle avait commencé à détacher un bouton du haut de son pyjama. Rolland s'approcha, hypnotisé par la volupté que lui inspire l'apparition de cette dentelle noire, cachant à peine ses mamelles dont les mamelons semblent prêts à transpercer la brassière. Il dépose les verres sur la table, s'asseoit et, tremblant, veut la prendre dans ses bras. Elle le repousse gentiment et tire énergiquement sur le premier bouton de sa chemise et tous les autres s'arrachent. Le poil de sa poitrine lui apparaît comme une douce verdure sur laquelle il fait bon folâtrer. Il lui ôte sa chemise et ses deux mains derrière son dos, cherchent à détacher son soutien-gorge. Il est tellement excité qu'il n'y arrive pas. Soudain, ses seins lui apparaissent comme un bouquet de roses prêt à cueillir. Leurs mains, dans des gestes rapides, tâtent leurs corps réciproquement. Il caresse ses seins tendrement, doucement, sa main est comme un gant de velours, elle en a la gorge sèche. Il caresse sa nuque et descend le long de son dos. Marylyn caresse le bas de son dos en montant le long de la colonne vertébrale et sa main redescend pour rejoindre ses fesses qu'elle avait eu envie de palper. Il en ressent un plaisir intense. Leurs bouches se scellent divinement. Elle en veut plus, plus, plus. Sa voix n'est plus qu'une supplication."
À la lecture de ce passage, France devient très excitée. Elle continue la lecture, avide d'en connaître le dénouement.
"Elle détache son pantalon, il la repousse doucement et, lentement, baisse son pyjama, lui caresse le ventre et murmure : - Mon coeur, tu as la peau si douce ! Il tire sur le léger cordon retenant sa petite culotte, le côté droit de sa hanche est libérée, sa main flatteuse détache l'autre côté, il enlève doucement ce vêtement. Elle se retrouve nue. Il la prend dans ses bras, la couvre de baisers et l'emporte dans la chambre. Il enlève son pantalon, s'allonge près d'elle sur le lit et caresse ses cuisses; elle émet une plainte et écarte les jambes en signe d'invitation. Il se soulève, se penche au-dessus d'elle l'embrasse sur la bouche, sur les seins. Les mains de Marylyn doucement le caressent, il se penche vers elle et fougueusement la pénètre. Elle en conçoit beaucoup de jouissance, un grand soulagement. Elle ne veut pas que le va-et-vient finisse. Ils s'aiment à l'unisson et rien d'autre au monde n'existe pour eux." France arrête la lecture du petit livre de poche. Elle se sent gênée de sa découverte. La relation de ce couple semble plus romantique que celle racontée par Rachèle Daze à l'école. Donc cela peut être amusant de "faire des bébés". Sa mère lui laisse entendre que c'est toujours "faire son devoir", et non un plaisir. Elle replace le livre à sa place et se promet de ne jamais raconter ce qu'elle vient de lire à qui que ce soit. Même sa mère devra l'ignorer. Elle se promet aussi de revenir lire les livres de son frère, en cachette. Elle y fait de grandes découvertes. Des découvertes excitantes.
|
Cette page a été mise à jour le 25 Août 2002 |
