CHAPITRE-X

LES VACANCES-

L'oncle Jim se présente chez Hélène, il vient chercher France pour l'amener à son chalet. C'est déjà l'été.

Petit, cheveux taillés en "brosse" portant un jean beige et une chemise blanche à manches courtes, il a l'air d'un militaire américain.

De toutes ses belles-soeurs, Hélène est sa préférée. Souriante, elle invite son beau-frère à entrer et lui offre une tasse de thé. Après échange de quelques mots de bienvenue, elle lui demande des nouvelles de sa soeur. Ils jasent un peu et au moment de partir pour le voyage, elle lui remet un peu d'argent pour défrayer les dépenses causées par le séjour de France chez lui. Hélène, préfère garder son indépendance vis-à-vis son beau-frère et sa soeur. "Les bons comptes font les bons amis". Une fois ce détail réglé, et les recommandations d'usage données à sa fille, oncle Jim et sa nièce se mettent en route.

Le voyage se passe bien, l'oncle ne parle pas beaucoup, il est concentré sur la conduite de son auto.

 Heureusement, France intimidée ne saurait trop comment tenir une conversation avec lui. Elle s'attarde à regarder par la fenêtre le paysage qui défile rapidement et finalement sommeille un peu.

L'automobile s'arrête face au lac. France à peine éveillée, s'émerveille devant le panorama offert à sa vue. Le lac est calme, le ciel bleu s'y reflète. Une petite île se dessine à l'horizon.

Le Lac Mercier de son enfance refait surface dans sa mémoire. La vue du quai et du bateau accosté tout près, éveille le souvenir de deux enfants se promettant de beaux voyages en chaloupe. Comme elle aimerait qu'Alex soit présent.

Son grand frère est, lui aussi, parti à la campagne avec sa meute de louveteaux.

En sortant de la voiture, un petit zéphyr lui caresse les cheveux,les rayons du soleil lui font plisser les yeux. Soudain, l'ombrage provoqué par le feuillage d'un imposant érable, balayé par le mouvement de l'air, lui permet de voir le chalet.

-Mon oncle comme il est beau ton chalet !

Son oncle acquiesce d'un sourire malicieux. Mais ne dit mot.

Il est descendu de voiture lui aussi et il se dirige vers la valise de l’auto pour en vider le contenu.

-Mon oncle, c'est bien là ton "camp ?"

France pointe l'index en direction d'une grande maison de deux étages, ceinturée d'une grande galerie sur laquelle deux berçantes se balançent légèrement.

-Oui France, répond son oncle brièvement, en jetant un regard dans la direction indiquée.

Cette vision l'invite au repos, il est fatigué du voyage. Il a hâte de décharger la voiture pour aller se bercer et fumer une bonne pipe.Il n'a pas envie de converser avec sa nièce.

Mais France insiste:

-Il est bien grand, il est plus grand que notre maison. C'est juste pour votre famille mon oncle ? Toute cette grande maison pour vous autres tout seul ?

Jim comprend qu'il n'a pas le choix et que France continuera à lui poser des questions tant qu'il ne lui donnera pas les réponses. Il se résigne à lui expliquer.

-C'est un ancien club de chasse et pêche construit en 1906. Acheté par mon grand-père il y a très longtemps. À l'époque où il demeurait aux États Unis, il venait passer ses vacances au Canada. Dans ce temps là, le lac était sauvage et foisonnait de poissons. Lorsqu'il nous a laissé ce club en héritage, nous lui avons donné un caractère plus personnel.

Il s'arrête un moment de parler, et comme s'il avait réfléchi au plaisir qu'il a eu autrefois à aller à la pêche avec Xavier, il dit :

- Tu sais, il y a encore de belles truites dans ce lac, il faudra que ton père revienne et que tous les deux nous allions à la pêche comme nous le faisions jadis.

Tout en parlant, il sort les choses de l'auto et va les porter dans le garage tout près.

À cet instant, tante Florence arrive en courant vers eux.

Grande et grassouillette, son pantalon bleu marin marié à sa blouse blanche lui vont bien. Son large sourire provoque l'apparition de petites "pattes d'oies" aux coins de ses yeux.

Un léger tic nerveux des sourcils peut être observé à chaque mouvement des paupières. Plus que son âge, elle n'a que 33 ans, ce geste répétitif doit être responsable de ses petites rides.

Elle avance vers son mari, se penche pour lui donner un baiser d'accueil et après lui avoir dit quelques mots, se retourne vers sa nièce :

-Bonjour, je suis contente de te voir, tu as fait un bon voyage? Tu as engraissé ma petite France. Tu es jolie quand même, tu sais.

Ne laissant pas le temps à sa nièce de lui répondre, elle continue :

-Viens suis-moi, ta cousine Lysette arrivera un peu plus tard, elle sera contente de te voir. Elle est partie chez les Thérien.

France est déçue de la remarque de sa tante à propos de sa taille,"c'est vrai que j'ai pris du poids dernièrement" mais, elle se console,l'accueil  est chaleureux. Elle aime tante Florence et celle-ci le lui rend bien.

C'est la première fois qu'elle s'éloigne de sa mère pour une si longue période, et ces paroles de bienvenue la tranquillisent.

Elle suit Florence dans la maison. Sans lui laisser le temps de voir le premier étage,sa tante, pressée se dirige vers l'escalier menant au deuxième. France la suit.

 -Je vais te montrer les chambres et ensuite je te dirai ou tu coucheras.

Rapidement,elle lui montre les chambres.

Florence a hâte de rejoindre son mari qu'elle n'a pas vu de la semaine.

-Tu seras bien ici,c’est la chambre d’invité. Installe tes choses dans le bureau près du lit et ensuite,tu viendras me retrouver en bas,et l'on pourra jaser un peu plus. Ça va France ?

-Oui ma tante.

Florence abandonne France pour redescendre à la cuisine.

Demeurée seule, la petite réalise qu'elle n'a pas pu placer un mot.

France prend sa valise près de l'entrée de la chambre avec l'intention de s'installer.

On n'a pas satisfait sa curiosité. Elle décide de faire le tour de l'étage pour regarder toutes les pièces à son goût.

Dans la chambre de sa tante,on voit un crucifix accroché au mur au-dessus d'un lit double;"pas surprenant, tante Florence est très dévote", pense France.

Posé à plat sur une grande commode rose,elle voit un ensemble de peigne, brosse et miroir comme objets décoratifs. Il est beau,jamais France n'en a vu de semblable. Le peigne de couleur beige a de longues dents et un "ruban" de plastique brun orne sa tête sur toute sa longueur. La brosse lui fait penser à une patte d'ours, ronde, le dessus brun en plastique avec,en dessous du poil blanc très doux au toucher. Le miroir, comme dans les contes de fées, a un grand manche brun avec à son extrémité une belle surface polie en forme de coeur.

Le bruissement des feuilles pénètre par la fenêtre ouverte et attire son regard,le lac y est visible. France s'approche de la fenêtre et admire l'étendue d'eau. Hypnotisée par les rayons du soleil qui se promènent sur les vaguelettes,elle ressent une grande liberté devant cette nature si calme.

-Si je veux revoir toutes les pièces, je dois me dépêcher. Lysette devrait arriver bientôt.

La chambre de sa cousine Lysette est bien décorée. Les rideaux sont appareillés au couvre-lit lilas,sur lequel il y a deux jolis petits coussins mauves,recouverts de broderie blanche.

Florence a trois garçons âgés de 14 ans, 13 ans et 6 ans qui couchent tous dans la même pièce. Cette chambre a deux lits à étages et deux petits bureaux. Sur le mur,une série de crochets permet à ses cousins de suspendre leur coupe-vent ou tous autres objets de leur choix. Les deux fenêtres donnent sur le côté boisé du chalet.

France retourne dans la chambre qui lui est destinée afin de s’installer.

Plus petite que les autres,les deux petits lits de camp qui s'y trouvent sont rapprochés. Recouvert chacun d'une courte pointe. Un petit carreau vitré, placé très haut près du plafond,sert d'unique fenêtre dans cette pièce.

-Allô! France,ça fait longtemps que tu es arrivée? 

- Bonjour, pas très longtemps, mais toi où étais-tu?

Elle ne rencontre pas souvent sa cousine,seulement lors des réunions familiales,mais elle s'accorde bien avec elle.

Lysette n’a que 12 ans, mais possède déjà le physique d'une jeune fille.

Elle est grande,sa taille s'est affinée et ses seins sont développés. Ses cheveux longs sont noirs et font paraître ses yeux bleus, encore plus foncés. Ses shorts blancs laissent voir ses longues cuisses minces. C'est une adolescente très jolie.

Lysette est contente de voir sa cousine qu'elle trouve un peu boulotte mais pas laide. Sa mère n'aime pas qu'elle sorte seule le soir; avec France,elle sera rassurée. Tante Hélène a raconté à sa mère qu’elle a bien confiance en sa fille aînée.

-J'étais partie faire un tour de canot à l'île, dit Lysette.

-Tu vas en canot seule?

- Non, j’y vais avec des amis. Pourquoi me poses-tu cette question?

-C’est que ta mère te croyait chez les Thérien. Je pense qu’elle ne le savait pas que tu étais sur l’eau en canot.

-Non elle ne le savait pas, mais on n'est pas obligé de le lui dire.

Soudain, elle change complètement de sujet:

-Ho! Je crois que j'ai entendu le boulanger arriver. Tu viens avec moi? Je descends chercher une brioche à la cannelle. Je veux en prendre avant que maman les cache dans le fourneau du poêle pour ne pas qu'on les mange trop vite, elle le fait à chaque fois. Nous pourrons continuer de parler en prenant une collation.

-Descends et j'irai te rejoindre dès que j'aurai fini de placer mon linge dans le bureau.

La phrase de France à peine terminée,Lysette descend l'escalier en courant. Leur conversation a été brève. France se demande si Lysette est contente de sa venue.

 

Tante Florence finit de laver un chaudron,pendant que France assèche une assiette.

-Qu’elle est cette odeur qui se dégage de l’assiette, tante Florence?

Lysette range la vaisselle dans l’armoire, elle répond:

- Maman met de l'eau de javel de temps en temps dans son eau pour désinfecter. Puis elle ajoute :

-Maman, France et moi on peut aller faire un tour à la grange?

Cette grange là n'a certainement pas d'abeilles, pense France. Lysette lui a expliqué qu'on avait transformé l’ancienne grange du maire en un restaurant et salle de danse.

- Lysette, il est un peu tard si,vous partez maintenant,vous risquez de revenir à la noirceur. Que veux-tu aller faire à la grange?

Comme sa tante, France a interrompu son travail et elles attendent la réponse de Lysette. Elle doit avoir planifié quelque chose, se dit-elle.

-Je voulais aller faire un petit tour. J'ai parlé de la grange à France et j'aimerais lui montrer ce que c'est qu'une salle de danse à la campagne. Ça ne devrait pas prendre trop de temps.

-Tes frères vous accompagneront, j'espère? Ce serait plus prudent. Deux filles seules, c'est inquiétant.

Florence ne se gène pas pour interroger sa fille qui,malgré son apparence de jeune femme,n'est qu'une petite fille à ses yeux.

-Non maman,ils vont jouer au Monopoly chez les Thérien.

-C'est vraiment dommage,j'aurais préféré qu'ils soient avec vous.

-Vous pouvez y aller à la condition de rester ensemble et de revenir avant  la noirceur,leur recommande Florence.

Ses recommandations, cette fois, s'adressent à sa nièce.

-France,comme tu ne connais pas les environs,tu pourrais t'égarer; tu suivras ta cousine.

-Oui ma tante,je reviendrai avec Lysette.

De loin, France croit reconnaître "sa grange" avec ses grandes planches de bois grises. Mais non,elle est différente de celle du Lac Mercier. Leur ressemblance n'est due qu'aux matériaux originaux que l'on a conservés pour l'extérieur du bâtiment.

L'intérieur ne ressemble plus à un entrepôt de foin, c'est plutôt de la boustifaille de restaurant que France voit étalée sur les étagères. Une grande glacière à coke se trouve face au comptoir.

On peut acheter des patates frites,des hamburgers et des hot dog. Ce n'est plus une grange du tout.

La surprise de France ne s'arrête pas là.

Séparée par une arche de bois,l’autre côté la pièce est une salle de danse. Des jeunes gens sont déjà rassemblés pour danser et s'amuser. L'atmosphère nouvelle pour elle,enthousiasme France. S'il avait su,son père n'aurait jamais permis qu'elle fréquente une salle de danse à son âge.

Pendant qu'elle observe la place Lysette est allée au comptoir acheter une liqueur et elle revient.

-J'ai acheté un "coke"pour toi; si tu veux m'attendre,ce ne sera pas long. Juste le temps que tu prennes ta liqueur. Je vais aller saluer quelques amis et je reviens te chercher pour te les présenter.

France aime autant ne pas la suivre. Elle est,comme toujours, un peu timide face aux étrangers. Sa cousine est belle et,à ses côtés,elle se sent cruche auprès des garçons.

Et puis,il y a tant de choses à voir se raisonne France.

Elle s'installe près du comptoir pour boire sa liqueur. De sa place,elle voit Lysette se diriger vers la boîte à musique avec un de ses amis.

- Je crois connaître le morceau qu'ils ont choisi; c'est voyons c'est... Ha ! Je l'ai,"Hernado Hideway". Elle danse bien ma cousine,mais son copain à l'air empâté."

Un groupe de musiciens fait sont entrée. Captivée par la musique qu'ils interprètent,France oublie l'heure et sa cousine.

À un moment donné,elle cherche Lysette des yeux mais s'aperçoit qu'elle a quitté les lieux.

Elle va à l'extérieur. Beaucoup de jeunes se promènent sur le terrain, mais pas de Lysette. France s'inquiète de la disparition de sa cousine lorsqu'elle entend parler et croit reconnaître sa voix.

Sur une balançoire de bois tout près, deux personnes rient aux éclats. Lysette est en grande conversation avec son ami. Elle semble contrariée de voir apparaître sa cousine si tôt. Elle lui dit :

-Je voulais aller te rejoindre,tu semblais tellement occupée à regarder les musiciens et moi j’avais chaud. Je n’ai pas voulu te déranger. J’avais l’intention d'aller te retrouver.

-C’est vrai,j’aime beaucoup écouter les musiciens,mais il se fait tard. Lysette,est-ce que l’on retourne à la maison maintenant?

-Non,on ne part pas tout de suite. Si tu te sens fatiguée, tu peux partir avant moi, il y a une amie qui peut t’accompagner; elle s’en va dans quelques minutes.

-Si tu veux,pars avant moi. Mon ami est venu en canot; je reviendrai avec lui. À trois, ce serait dangereux dans l'embarcation. Il vente un peu et il pourrait chavirer.

Le garçon d'environ 15 ans les écoute et demeure silencieux.

Ce n'est pas ce que tante Florence a demandé; elle ne sera pas contente. Elle a dit de ne pas s’attarder et de ne pas revenir seule à la noirceur.

-Tu n’as qu’à partir avec mon amie comme je viens de te le suggérer; le chalet n'est pas loin. De toute façon,je te le répète: tu n'as rien à craindre. En canot,c’est plus rapide et j'arriverai en même temps que toi.

France ne sait plus ce qu'elle doit faire. Attendre encore un peu pour partir avec l’amie de sa cousine ou partir seule maintenant.

Comme il est déjà tard,elle décide de partir maintenant, malgré ses appréhensions et elle se promet de ne rien avouer à sa tante en espérant qu'elle n'aurait pas à lui mentir.

-Lysette je m’en vais. N'oublie pas,tu pars bientôt toi aussi!

-Oui,oui,ne t’inquiète pas; quelques minutes encore et nous partons. Tu verras ce n'est pas loin le chalet,on y sera ensemble.

France marche rapidement et regarde droit devant elle. Heureusement la pleine lune éclaire le chemin de terre et elle peut facilement retrouver sa route.

En arrivant au chalet,pas chanceuse,tante Florence attend sur la galerie.

-France vous arrivez bien tard! Mais, Lysette n'est pas avec toi?

-Non ma tante,elle a dit qu'elle revenait en canot.

-Pourquoi tu ne l'as pas attendue? je t'avais demandé de ne pas la quitter!

France ne sait quoi dire,sa tante a l'air tellement fâchée. Elle allait parler lorsqu'un bruit d'aviron frappant l'eau se fait entendre. Florence se dirige vers le lac laissant France bouleversée sur place. On entend des éclats de voix dans la nuit.

-Lysette qui est avec toi? Lysette tu arrives tard,tu n'es pas revenue avec ta cousine?

Les questions viennent sans interruption,mais les réponses se font attendre. Quelques minutes passent et seul le chant des criquets perce la nuit,lorsque,tel un coup de vent, les deux femmes surgissent devant France.

-Je ne suis pas contente,ta mère m'avait dit que l'on peut se fier à toi, commente sa tante,sur un ton de reproche.

-Tu n’es pas trop bonne pour dépanner quelqu'un toi,ajoute sa cousine Lysette.

France se sent coupable,elle sait que sa tante la blâme et que sa cousine lui en veut.

Elle n'y comprend plus rien. Elle souhaite être chez elle. Alex lui manque. S'il avait été là, il aurait pris sa défense. Elle monte se coucher laissant sa cousine s'expliquer avec sa mère.

Ce n'est qu'une fois son oncle et sa tante au lit,récitant leur chapelet, qu'elle finit par s'endormir.

Xavier a profité pour déménager,de l'absence de trois de ses enfants partis en vacances. 

France a une surprise qui l'attend à la maison; ses parents sont devenus propriétaires.

Son père a réussi à négocier l'achat d'une maison de six pièces pour sa famille. Cette nouvelle habitation voisine celle de la rue de la Place.

Hélène est contente; elle a plus d'espace pour son monde. Il y a deux chambres au 2e étage,l'une pour France,Carole et Lyne et l'autre pour Alex. Le petit Serge,couchera dans la chambre au premier près des parents.

Lyne,comme sa grande soeur,est arrivée la veille du chalet de tante Aline. Elle raconte, avec enthousiasme,son voyage qu’elle a bien aimé.

France ne fait aucun effort pour s'exprimer préférant que cela se passe ainsi. Elle ne veut rien dire à sa mère de la déception qu'elle a causée à sa tante par inadvertance. Elle se sent coupable d'être revenue seule de la grange.

C'est vrai qu'à la suite de cette difficile première soirée à la grange avec Lysette,France s'est bien amusée durant les deux semaines passées chez tante Florence. Elle a fait plus ample connaissance avec ses cousins.

Le samedi suivant son arrivée,France est retournée à la grange avec Lysette mais,cette fois,ses cousins et leurs amis les accompagnaient.

Le grand cousin organisait des spectacles,du "Grand guignol"qu'il disait. Il invitait les filles dans la grange,se recouvrait d'un grand drap blanc et il exhibait une couleuvre qu'il avait attrapée sur une roche dans le lac. Il annonçait aux spectatrices qu'il allait lui couper la tête et qu'elle demeurerait en vie.

Les filles se sauvaient en criant et les garçons les poursuivaient en riant avec leur victime dans les mains,la couleuvre décapitée.

Ensemble ils allaient cueillir des framboises puis,les après-midi ensoleillés,oncle Jim les invitait tous pour la baignade. Les voisins se joignaient à la famille et, en groupe, ils s’amusaient pendant des heures dans le lac.

Une autre chose qu'elle aime mieux ne pas dire à sa mère. Cette chose la tracasse. Comment se fait-il que Lysette ait beaucoup plus de succès qu'elle auprès des garçons?

-C'est vrai qu'elle est jolie.. moi aussi mais... j'ai engraissé.

Je n'ai que 11 ans,mais papa m'a dit que je suis maintenant "grande fille". Est-ce que cela veut dire qu'il sait que j'ai des menstruations? Ou bien veut-il dire, "grosse fille"?

France est dans son lit, et réfléchit depuis quelques minutes en essayant de ne pas réveiller ses soeurs.

Carole a 10 ans et Lyne 7ans. À cet âge, les petites filles sont curieuses, elle ne veut pas leur faire part de ses inquiétudes.

Elle se lève avec l'intention de s'examiner pour voir si c'est vrai qu'elle est grosse. Alex la taquine souvent à ce sujet,il ne se doute pas que cela la chagrine.

Immobile,elle se regarde dans le miroir. Elle constate le développement de sa poitrine,son ventre a grossi, ses cuisses pourraient être plus petites. Elle en est démoralisée! "C'est vrai que j'ai engraissé." Maigrir,oui je veux maigrir! Mais comment faire?

Malheureusement,sitôt qu'elle quitte le miroir pour s'habiller,elle oublie sa résolution. Elle a hâte de retrouver ses amies Ginette Legault et Sylvette Trudel pour profiter de ce qui lui reste de vacances en leur compagnie

 

 

 

 

 

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12 Août  2002